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Géopolitique

Prix Nobel de médecine : l’optogénétique dans la lumière

Courrier International · mis à jour 5 oct.

Le premier des prix Nobel de 2026, celui consacré à la physiologie ou à la médecine, a été remis lundi 5 octobre en fin de matinée. Il récompense trois chercheurs pionniers de l’optogénétique.

Lauréats du Nobel

Le prix Nobel de physiologie ou médecine 2026 a été décerné le 5 octobre à trois chercheurs : Karl Deisseroth (55 ans, États-Unis), Peter Hegemann (72 ans, Allemagne) et Georg Nagel (73 ans, Allemagne). Ce prix récompense leurs travaux sur l’optogénétique, une technique permettant de contrôler l’activité des neurones grâce à la lumière. Karl Deisseroth, psychiatre et neurologue à l’université Stanford, a joué un rôle central en appliquant cette méthode aux mammifères, notamment aux rats. Peter Hegemann et Georg Nagel, chercheurs en biochimie, ont découvert la protéine clé de cette innovation dans une algue unicellulaire nommée Chlamydomonas. Leur collaboration a permis de transformer une observation biologique en outil révolutionnaire pour les neurosciences.

Principe optogénétique

L’optogénétique repose sur l’utilisation d’une protéine appelée channelrhodopsine, présente naturellement dans l’algue Chlamydomonas. Cette protéine agit comme un interrupteur sensible à la lumière bleue. Lorsqu’elle est exposée à cette lumière, elle ouvre un canal dans la membrane des cellules, permettant l’entrée d’ions (particules chargées électriquement) et générant ainsi un signal électrique. Les chercheurs ont introduit le gène codant cette protéine dans des neurones de mammifères, comme ceux de rats. En éclairant ces neurones avec une lumière bleue, ils ont pu activer ou désactiver leur activité, démontrant ainsi la possibilité de contrôler des circuits cérébraux avec une précision inédite. Cette méthode offre une fenêtre unique pour étudier le fonctionnement du cerveau et ses liens avec des comportements comme l’appétit, la sociabilité ou l’agressivité.

Révolution neurosciences

L’optogénétique a marqué un tournant dans les neurosciences en permettant aux scientifiques de manipuler l’activité de neurones spécifiques, voire de circuits cérébraux entiers, avec une précision temporelle et spatiale inégalée. Avant cette innovation, les chercheurs devaient se contenter d’observer l’activité cérébrale ou d’utiliser des méthodes invasives pour influencer les neurones. Grâce à cette technique, il devient possible de comprendre quels neurones ou quelles voies neuronales sont impliqués dans des fonctions cérébrales complexes. Par exemple, en activant ou désactivant certains neurones chez un animal vivant, les chercheurs peuvent étudier leur rôle dans des comportements précis. Cette avancée a ouvert la voie à des applications potentielles en médecine, notamment pour traiter des troubles neurologiques ou psychiatriques.

Origines et parcours

Les fondements de l’optogénétique remontent au tournant des années 2000, lorsque Peter Hegemann et Georg Nagel, travaillant à l’institut Max-Planck en Allemagne, ont identifié la channelrhodopsine dans l’algue Chlamydomonas. Leur découverte a révélé que cette protéine permettait à l’algue de se déplacer vers la lumière. Ils ont ensuite démontré que cette protéine fonctionnait également dans d’autres types de cellules, y compris celles des animaux. Karl Deisseroth, inspiré par ces travaux, a été le premier à introduire le gène de la channelrhodopsine dans des neurones de mammifères en 2005, prouvant ainsi son efficacité chez des organismes vivants. Cette étape a marqué la naissance de l’optogénétique moderne, saluée par la communauté scientifique comme une révolution.

Applications futures

Bien que l’optogénétique soit encore principalement utilisée à des fins de recherche, ses applications potentielles en médecine sont vastes. Elle pourrait notamment aider à élucider les mécanismes de maladies neurologiques comme la maladie de Parkinson, l’épilepsie ou la dépression, en permettant d’identifier les circuits cérébraux défaillants. À plus long terme, cette technique pourrait ouvrir la voie à des thérapies innovantes, comme la stimulation ciblée de neurones pour restaurer des fonctions perdues. Cependant, son utilisation chez l’humain reste encore limitée et soulève des questions éthiques. Les chercheurs explorent également des alternatives moins invasives, comme l’utilisation de la lumière rouge, pour réduire les risques liés à l’exposition à la lumière bleue.

Ce que ça pourrait changer

La cérémonie de remise des prix Nobel 2026 se déroulera le 10 décembre à Stockholm, en Suède, comme chaque année. Le prix de physiologie ou médecine a été annoncé le 5 octobre à 11h30 par l’institut Karolinska. Les lauréats recevront leur distinction lors d’une cérémonie officielle, marquant ainsi une reconnaissance internationale de leurs contributions scientifiques. Les conférences de presse des autres prix Nobel (physique, chimie, littérature, paix et sciences économiques) sont prévues les jours suivants, avec des horaires précis : physique et chimie le 6 et 7 octobre à 11h45, littérature le 8 octobre à 13h, paix le 9 octobre à 11h, et sciences économiques le 12 octobre à 11h45. Ces événements sont accessibles en ligne pour le public.

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