«Les Matins merveilleux»: c'est si rare, un film queer qui ne parle pas de queerphobie
Le premier long-métrage d'Avril Besson met en scène une romance tendre et évidente entre deux femmes. La réalisatrice a voulu épargner à ses personnages la moindre violence ou considération queerphobe, tendance qui commence à se développer dans le cinéma LGBT+. On en a discuté avec elle.
Résumé
Cinéma LGBT+ et tragédie
Le cinéma LGBT+ a souvent privilégié des récits centrés sur la souffrance, la violence ou la queerphobie.
Des films comme Mulholland Drive, Boys Don’t Cry ou Le Secret de Brokeback Mountain illustrent cette tendance à associer les histoires queer à des thèmes dramatiques.
Même les comédies romantiques, comme Happiest Season (2020), abordent généralement des conflits liés au coming out ou à l’acceptation sociale.
Cette représentation récurrente a conduit à un phénomène appelé « bury your gays » (« enterrez vos gays »), où les personnages LGBT+ sont souvent condamnés à un destin tragique, voire mortel.
En 2026, cette approche reste dominante, malgré des exceptions de plus en plus visibles.
Un film sans conflit
Les Matins merveilleux, premier film de la réalisatrice Avril Besson, sorti le 29 juillet 2026, se distingue en proposant une histoire queer sans violence ni queerphobie.
Le film suit la relation naissante entre Charlie, une jeune femme hétérosexuelle, et Marina, une serveuse trans, dans un village du sud de la France.
Contrairement aux codes habituels, leur romance se développe sans obstacles liés à leur identité de genre ou à leur orientation sexuelle.
Avril Besson a fait le choix conscient d’éviter les conflits artificiels, comme les disputes ou les révélations douloureuses, pour privilégier une narration basée sur la bienveillance et la simplicité.
Ce parti pris a été salué pour son originalité dans un genre cinématographique souvent marqué par la souffrance.
Représentation trans inclusive
Dans Les Matins merveilleux, le personnage de Marina, interprété par Raya Martigny, est inspiré d’une femme trans réelle vivant à Cavalière, où le film a été tourné.
Avril Besson a évité de mettre en scène des scènes de violence transphobe, même fictive, par respect pour les personnes trans et pour ne pas reproduire des stéréotypes.
Elle explique avoir voulu représenter une transidentité vécue avec sérénité, en s’appuyant sur ses propres observations de femmes trans heureuses.
Cependant, le film aborde indirectement la transphobie internalisée, notamment lorsque Marina renonce à signer une pétition pour ne pas détourner l’attention de sa cause.
Ce choix narratif reflète une réalité souvent ignorée : la difficulté de concilier son identité avec ses engagements publics.
Politique de la joie
Avril Besson présente Les Matins merveilleux comme un film réalisé depuis le point de vue d’une alliée.
Elle souligne que la représentation de la joie et de la liberté des personnages LGBT+ est tout aussi politique que celle de leur souffrance.
Le film s’inscrit dans une tendance émergente où les récits queer évitent les thèmes traditionnels comme le coming out ou la violence.
Cette approche a été critiquée par certains, qui la jugeaient irréaliste, mais la réalisatrice assume ce choix en affirmant vouloir offrir un modèle où l’amour entre deux femmes puisse être simple et sans questionnement.
Elle rejette l’idée que ces histoires doivent nécessairement inclure des conflits pour être crédibles.
Tendance récente au cinéma
En 2026, plusieurs films queers adoptent une approche similaire à Les Matins merveilleux, en mettant en avant des personnages LGBT+ à l’aise avec leur identité et aimés par leur entourage.
Parmi eux, Du fioul dans les artères (sorti le 2 décembre 2026) raconte une histoire d’amour entre deux camionneurs out et acceptés dans leur milieu professionnel.
Garance, réalisé par Jeanne Herry et sorti le 23 septembre 2026, suit une comédienne alcoolique qui entame une relation avec une femme sans que cela ne perturbe ses relations sociales.
Ces films montrent que le cinéma queer peut explorer d’autres thèmes que la souffrance, en donnant de l’espace à des histoires plus douces et optimistes.
Réalité vs fiction
Bien que ces récits soient rafraîchissants, ils peuvent sembler en partie utopiques, car la queerphobie reste une réalité en France.
Selon le rapport annuel 2026 de SOS Homophobie, les violences LGBT+phobes ont augmenté en 2025.
Cependant, ces films offrent une alternative bienvenue dans un paysage cinématographique où les histoires queer sont souvent associées à la douleur.
Avril Besson assume cette utopie en affirmant que si ces récits ne sont pas toujours crédibles, ils peuvent inspirer un futur où l’amour entre personnes LGBT+ serait vécu sans entraves.
Elle invite le public à imaginer un monde où tomber amoureux d’une personne du même genre ne nécessiterait pas de justification.
Réception et enjeux
Lors de la présentation de son scénario au CNC (Centre national du cinéma), Avril Besson a essuyé des critiques lui suggérant d’ajouter des scènes de conflit ou de queerphobie pour rendre l’histoire plus « réaliste ».
Certains lui ont reproché de ne pas comprendre les enjeux de la transidentité, tandis que d’autres ont remis en question la crédibilité de ses personnages.
Malgré ces obstacles, la réalisatrice a maintenu son approche, arguant que ces suggestions revenaient à imposer des stéréotypes plutôt qu’à refléter la diversité des expériences LGBT+.
Ce débat illustre la tension entre les attentes du public et la volonté de représenter des récits plus inclusifs et moins doloristes.
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