NapseflowNapseflow
Généraliste

La fermeture d’Ormuz représente une « grave menace » biologique

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 2 h

L'immobilisation de milliers de navires pourrait mener à la propagation d'espèces envahissantes..

Fermeture du détroit

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est une voie maritime stratégique par laquelle transite environ 20 % du trafic mondial de pétrole et de gaz naturel. En 2026, sa fermeture a provoqué l’immobilisation de près de 1500 navires dans le golfe Persique et plusieurs centaines d’autres dans le golfe d’Oman. Cette situation, qualifiée de « pire scénario possible » par Mario Tamburri, professeur au Centre des sciences de l’environnement de l’Université du Maryland, crée un risque majeur pour les écosystèmes marins. Les navires bloqués sont généralement conçus pour naviguer plusieurs années sans nettoyage de leur coque, mais leur immobilisation prolongée (jusqu’à 40 fois plus longtemps qu’à l’accoutumée) favorise l’accumulation d’organismes marins sur leurs surfaces externes, un phénomène appelé encrassement biologique.

Encrassement biologique

L’encrassement biologique désigne l’accumulation d’organismes marins (algues, moules, crustacés, tuniciers, etc.) sur les coques, hélices et autres parties externes des navires. Ces organismes, souvent invisibles à l’œil nu, se fixent sur les surfaces immergées et peuvent survivre pendant des semaines ou des mois, même hors de leur milieu naturel. Dans le contexte de la fermeture d’Ormuz, leur prolifération est exacerbée par la concentration exceptionnelle de navires, leur proximité et la durée anormalement longue de leur immobilisation. Certaines espèces, comme les tuniciers, sont particulièrement résistantes aux eaux chaudes et salées des golfes Persique et d’Oman, ce qui les rend encore plus susceptibles de devenir invasives une fois transportées vers d’autres régions. Le réchauffement climatique aggrave ce risque en élargissant les zones où ces espèces peuvent s’implanter.

Espèces envahissantes

Une espèce envahissante est un organisme introduit, volontairement ou non, dans un écosystème où il n’est pas originaire, et qui perturbe l’équilibre naturel en se multipliant rapidement au détriment des espèces locales. Par exemple, la moule zébrée, originaire de la mer Caspienne, a envahi les Grands Lacs nord-américains dans les années 1980 après avoir été transportée dans les eaux de ballast des navires. Ces dernières sont de grands réservoirs d’eau pompée dans un port pour stabiliser le navire pendant la navigation, puis rejetée dans un autre port. Contrairement aux eaux de ballast, l’encrassement biologique est moins régulé, bien que les tuniciers, par exemple, concurrencent aujourd’hui les moules dans les fermes aquacoles du Canada. Une fois établies, ces espèces sont difficiles, voire impossibles, à éradiquer, entraînant des coûts écologiques et économiques durables.

Risques et défis

La fermeture d’Ormuz pose un double défi : d’une part, la propagation d’espèces envahissantes via l’encrassement biologique, et d’autre part, les obstacles logistiques pour limiter ce phénomène. Pour éviter la dissémination, les navires devraient être nettoyés avant leur départ, mais les entreprises spécialisées ne peuvent pas répondre à une telle demande en urgence, d’autant que le conflit en cours met en danger les travailleurs. Mario Tamburri souligne que les espèces des golfes Persique et d’Oman, adaptées aux eaux chaudes et salées, sont particulièrement menaçantes. L’Organisation maritime internationale (OMI) a actualisé ses lignes directrices sur l’encrassement biologique en 2023, mais aucune réglementation mondiale contraignante n’existe encore, contrairement aux eaux de ballast. Des textes sont en préparation, mais leur adoption prendra du temps.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs sont impliqués dans la gestion de ce risque. Mario Tamburri, auteur principal d’une étude publiée dans la revue *Biological Invasions*, alerte sur l’urgence de la situation. Meghan Mathieson, directrice de ClearSeas (un organisme canadien de sensibilisation au transport maritime), rappelle que la propagation d’espèces envahissantes par les eaux de ballast est mieux documentée que celle liée à l’encrassement biologique. Anthony Ricciardi, professeur à l’Université McGill, insiste sur l’impossibilité d’éliminer une espèce envahissante une fois qu’elle s’est installée, ce qui génère des coûts à long terme. L’OMI, en tant qu’autorité mondiale du secteur maritime, travaille à l’élaboration de nouvelles normes, mais leur mise en œuvre reste incertaine dans l’immédiat. La crise d’Ormuz illustre ainsi les lacunes des régulations actuelles face à des scénarios imprévus.

Sujets complémentaires