NapseflowNapseflow
Généraliste

Et si les élections de 2022 avaient eu lieu dans les nouvelles circonscriptions du Québec?

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 2 h

Radio-Canada a redistribué les quelque quatre millions de votes du dernier scrutin dans la nouvelle carte..

Nouvelle carte électorale

Le Québec a adopté une nouvelle carte électorale pour les élections de 2026, modifiant les frontières de 39 circonscriptions sur 125. Deux nouvelles circonscriptions ont été créées : Bellefeuille (Laurentides) et Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie (Centre-du-Québec), portant le total à 127. Deux circonscriptions, Gaspé et Anjou–Louis-Riel, ont été conservées malgré l’avis contraire de la Commission de la représentation électorale, un organisme indépendant chargé de redessiner la carte tous les deux scrutins pour refléter les mouvements de population. Ce processus, normalement apolitique, a été marqué par des tensions politiques, notamment avec la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a défendu la conservation de circonscriptions comme Gaspé pour montrer son attachement aux régions.

Impact sur les résultats 2022

En recalculant les résultats des élections de 2022 avec la nouvelle carte, la CAQ aurait remporté deux sièges supplémentaires, passant de 76 à 78 députés. Dans les deux nouvelles circonscriptions, la CAQ aurait largement gagné : 49 % des voix à Bellefeuille (contre 19 % pour le Parti québécois ou PQ) et 52 % à Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie (contre 16 % pour le Parti conservateur du Québec ou PCQ). Cependant, selon les projections actuelles, le PQ pourrait remporter ces deux circonscriptions en 2026, avec près de 40 % des voix, tandis que la CAQ obtiendrait environ 30 %. D’autres circonscriptions comme Mille-Îles (Laval), L’Assomption (Lanaudière) ou Richmond (Estrie) voient leurs équilibres politiques modifiés, avec des marges de victoire réduites ou des basculements possibles entre partis.

Circonscriptions clés modifiées

À Mille-Îles (Laval), le redécoupage a rendu la victoire du Parti libéral du Québec (PLQ) en 2022 encore plus serrée : l’avance sur la CAQ serait passée de 425 voix à seulement 106. À L’Assomption (Lanaudière), le PQ pourrait bénéficier d’un gain de 1,5 point de pourcentage grâce aux changements, transformant ce comté en une bataille serrée entre le PQ et la CAQ. À Richmond (Estrie), la circonscription est désormais considérée comme un comté pivot où le PLQ, le PQ et la CAQ pourraient s’affronter, le Québec solidaire (QS) perdant du terrain après avoir absorbé des zones moins favorables. Enfin, à La Peltrie (Capitale-Nationale), le redécoupage a intégré le quartier Les Saules (anciennement dans Vanier-Les Rivières) et cédé des municipalités rurales, ce qui pourrait affaiblir légèrement le Parti conservateur du Québec (PCQ).

Conflit politique autour du redécoupage

Le processus de redécoupage, censé être indépendant, a été marqué par des tensions entre la Commission de la représentation électorale et les partis politiques. La CAQ, le PLQ, le PQ et QS ont tous soutenu la nouvelle carte, défendant leurs intérêts régionaux. Par exemple, la CAQ a insisté pour conserver Gaspé et Anjou–Louis-Riel, deux circonscriptions qu’elle avait remportées en 2022, arguant qu’elles symbolisent l’importance des régions. En 2024, un premier projet de loi a été contesté devant les tribunaux, mais la Cour suprême du Canada a statué en avril 2026 que l’intervention de l’Assemblée nationale portait atteinte au droit de représentation proportionnelle des électeurs. En réaction, un nouveau projet de loi a été adopté deux mois plus tard pour protéger 12 circonscriptions, malgré l’opposition du seul député indépendant, Youri Chassin.

Critiques et enjeux démocratiques

Des experts comme le politologue Louis Massicotte et l’ancien commissaire au redécoupage fédéral ont critiqué l’intervention politique dans ce processus, soulignant que l’équité du vote est sacrifiée au profit de régions en croissance, comme les Laurentides. Massicotte a noté que huit circonscriptions comptaient moins d’électeurs que la moyenne en 2024, leur donnant un poids disproportionné à l’Assemblée nationale. Cette situation persiste avec la nouvelle carte. Le politologue a également observé que les redécoupages affectent désormais peu la force des partis, incitant ces derniers à défendre des circonscriptions symboliques pour des gains politiques faciles, au détriment de l’équité électorale.

Ce que ça pourrait changer

Pour recalculer les résultats de 2022 avec la nouvelle carte, Radio-Canada a redistribué les voix des 18 000 sections de vote en fonction des nouvelles frontières. Une section de vote n’a été partagée entre deux circonscriptions que si aucune ne couvrait au moins 90 % de son territoire. Seules 17 sections ont franchi ce seuil, contre près de 4 000 sans cette marge d’erreur. Les votes par anticipation, non rapportés au niveau des sections, ont été répartis proportionnellement au nombre d’électeurs inscrits. Environ 15 % de ces votes manquaient de détails et ont été redistribués proportionnellement aux sections ordinaires. Les votes en circonstances particulières (bureaux de vote mobiles, résidences pour aînés, etc.) ont été redistribués selon le nombre d’électeurs inscrits dans chaque ancienne circonscription.

Sujets complémentaires