Qu’est-ce que le trouble dysphorique prémenstruel?
Le trouble psychiatrique peu connu provoque des symptômes invalidants chez environ 1,6 % des femmes..
Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) est un trouble sévère lié aux variations hormonales du cycle menstruel, caractérisé par des symptômes psychologiques et physiques intenses. Contrairement au syndrome prémenstruel (SPM), qui touche environ une femme menstruée sur cinq avec des symptômes modérés, le TDPM provoque des réactions extrêmes comme une dépression profonde, de l'anxiété intense, des crises de colère ou des idées suicidaires. Ces symptômes apparaissent généralement après l'ovulation et persistent jusqu'aux règles, soit environ la moitié du cycle menstruel. Le TDPM a été reconnu officiellement en 2013 dans le DSM-V, le manuel de référence en psychiatrie, mettant fin à des décennies de scepticisme sur son existence. La psychiatre Marie-Josée Poulin souligne l'importance de mieux faire connaître ce trouble pour éviter des diagnostics erronés, comme un trouble de la personnalité limite ou une bipolarité.
Les symptômes du TDPM sont variés et peuvent être physiques ou psychologiques. Parmi les 11 symptômes possibles, au moins cinq doivent être présents pour établir un diagnostic, dont l'un des quatre premiers : dépression, anxiété, irritabilité ou labilité émotionnelle. La labilité émotionnelle désigne des changements d'humeur rapides et extrêmes. Les autres symptômes incluent une perte d'intérêt pour les activités habituelles, des difficultés de concentration, une fatigue intense, des fringales, des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), une sensation de perte de contrôle, ainsi que des symptômes physiques comme des seins sensibles, des douleurs articulaires ou des ballonnements. Ces symptômes surviennent de manière cyclique et peuvent avoir un impact majeur sur la vie quotidienne, tant pour la personne concernée que pour son entourage. Un diagnostic fiable nécessite de documenter ces symptômes pendant deux mois dans un calendrier prospectif, c'est-à-dire en notant chaque jour l'évolution des manifestations.
Le diagnostic du TDPM repose sur une évaluation rigoureuse des symptômes et de leur lien avec le cycle menstruel. Contrairement à d'autres troubles psychiatriques, le TDPM est directement lié aux fluctuations hormonales, ce qui complique parfois son identification. Selon une étude publiée en 2022, jusqu'à 5,8 % des personnes menstruées aux États-Unis souffrent d'un TDPM sur une période d'un an. Cependant, la prévalence varie selon les régions : 1,1 % en Espagne, 8 % en Inde et 17,6 % dans une cohorte de femmes brésiliennes. Ces différences pourraient s'expliquer par des facteurs génétiques, environnementaux ou culturels. La psychiatre Marie-Josée Poulin travaille à développer un outil diagnostique en français, car aucun n'existe actuellement, et souhaite sensibiliser les professionnels de santé à interroger systématiquement les femmes sur l'impact de leur cycle menstruel.
Le TDPM se traite efficacement, mais nécessite souvent une approche sur plusieurs années. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), une classe d'antidépresseurs, sont fréquemment utilisés et peuvent être pris uniquement pendant les jours de symptômes. Une autre stratégie consiste à stabiliser les hormones pour éliminer les fluctuations responsables du trouble. Cela peut se faire via la prise continue d'un contraceptif anovulant (qui bloque l'ovulation), comme ceux contenant de la drospirénone, ou en provoquant une ménopause précoce chimique. Dans les cas les plus graves, une ovariectomie (retrait des ovaires) peut être envisagée. Il est crucial de choisir un contraceptif adapté, car certains peuvent aggraver les symptômes. La Dre Poulin insiste sur la nécessité de prendre le temps d'ajuster le traitement pour obtenir des résultats durables.
Le TDPM reste méconnu en raison d'un manque historique de recherche sur l'impact des hormones féminines sur le cerveau. Pendant des décennies, les symptômes des femmes ont été attribués à tort à des troubles de la personnalité ou à d'autres maladies psychiatriques. La Dre Poulin souligne que les femmes doivent désormais être écoutées et que les professionnels de santé devraient systématiquement intégrer la question du cycle menstruel dans leurs évaluations. Elle travaille avec une équipe du Centre de recherche CERVO pour créer un outil diagnostique en français et une ressource en ligne afin d'informer les femmes et les professionnels. Actuellement, la responsabilité de faire le lien entre les symptômes et le cycle menstruel repose souvent sur les patientes elles-mêmes, ce qui représente un fardeau injustifié.
Le TDPM peut entraîner une détresse psychologique intense, voire des idées suicidaires. Au Québec, des ressources sont disponibles 24 heures sur 24 pour les personnes en crise, comme la ligne d'écoute *1 866 APPELLE* (277-3553) ou le service de clavardage anonyme au 535353. Pour le reste du Canada, la ligne *988* offre un soutien gratuit et confidentiel. En cas de danger immédiat, il est impératif de composer le 911. Ces services visent à rappeler aux personnes concernées qu'elles ne sont pas seules et qu'une aide professionnelle existe. La Dre Poulin encourage les femmes à consulter ces ressources si leurs symptômes deviennent ingérables ou si elles ressentent un besoin d'accompagnement.

