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Au large du Chili, la fosse d'Atacama abritait un prédateur redoutable à près de 8 000 mètres de profondeur

Science & Vie · mis à jour il y a 8 h

La zone hadale, entre 6 000 et 11 000 mètres, passait pour un désert biologique. Les récentes campagnes océanographiques y débusquent pourtant une faune insoupçonnée.

Découverte en profondeur

Des chercheurs ont identifié un prédateur marin vivant à près de 8 000 mètres de profondeur dans la fosse d'Atacama, au large du Chili. Cette fosse océanique, située dans l'océan Pacifique, est l'une des zones les plus profondes et les moins explorées de la planète. Elle s'étend sur environ 5 900 kilomètres le long de la côte chilienne et atteint une profondeur maximale de 8 081 mètres. Les scientifiques ont utilisé des robots sous-marins équipés de caméras haute résolution pour filmer et étudier cet écosystème extrême, où la pression est plus de 800 fois supérieure à celle de la surface et où les températures restent proches de 0°C.

Un prédateur inédit

Le prédateur découvert appartient à une espèce encore inconnue des scientifiques. Les images révèlent un poisson allongé, doté de mâchoires puissantes et de dents acérées, adapté à un environnement où la nourriture est rare. Ce poisson pourrait appartenir à la famille des Aphyonidae, des poissons des abysses souvent transparents ou de couleur pâle, capables de vivre dans des conditions de lumière quasi inexistantes. Les chercheurs estiment que cette créature pourrait jouer un rôle clé dans l'équilibre de cet écosystème isolé, en régulant les populations de petits organismes marins.

Un écosystème méconnu

La fosse d'Atacama abrite des formes de vie adaptées à des conditions extrêmes, comme une pression écrasante et une absence totale de lumière. Les scientifiques y ont observé des organismes capables de se nourrir de débris organiques tombant des eaux supérieures, un phénomène appelé neige marine. Cette chaîne alimentaire repose sur des bactéries et des micro-organismes qui transforment les nutriments en énergie. La découverte de ce prédateur souligne l'importance de protéger ces milieux fragiles, encore largement inexplorés et menacés par les activités humaines comme la pêche profonde ou l'exploitation minière des fonds marins.

Enjeux scientifiques

Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour la biologie marine et l'étude des écosystèmes abyssaux. Les chercheurs soulignent que moins de 20 % des fonds marins ont été explorés à ce jour, et que chaque expédition révèle des espèces inconnues. L'étude de ces prédateurs des abysses pourrait également apporter des indices sur l'évolution des espèces dans des conditions extrêmes, ou même sur les origines de la vie sur Terre. Les données recueillies permettront d'affiner les modèles de biodiversité marine et d'évaluer l'impact des changements climatiques sur ces milieux profonds.

Ce que ça pourrait changer

Les fonds marins, et notamment la fosse d'Atacama, sont de plus en plus menacés par les activités humaines. L'exploitation minière des nodules polymétalliques, riches en métaux comme le cobalt ou le nickel, pourrait détruire des habitats uniques avant même qu'ils ne soient découverts. Les scientifiques appellent à une meilleure régulation de ces activités et à la création de zones marines protégées en haute mer. En 2023, l'ONU a adopté un traité historique pour protéger 30 % des océans d'ici 2030, une avancée saluée par la communauté scientifique, mais dont l'application reste un défi.

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