Chiots, écureuils
On a longtemps cru l'attachement à une autre espèce propre à l'humain. Pourtant, bien des primates portent, toilettent et même adoptent leurs voisins à poils ou à plumes.
Une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Oxford révèle que certains singes, comme les macaques ou les capucins, adoptent des animaux de compagnie parmi d’autres espèces animales. Cette découverte s’appuie sur l’observation de comportements sociaux complexes chez ces primates, qui vivent principalement dans des forêts tropicales d’Asie et d’Amérique du Sud. Les scientifiques ont analysé des vidéos et des données recueillies sur le terrain pendant plusieurs années pour documenter ces interactions inhabituelles. L’étude montre que ces animaux de compagnie peuvent être des chiots, des écureuils, des cochons ou même des oiseaux, selon les régions et les opportunités disponibles dans leur environnement naturel.
Les singes étudiés par les chercheurs d’Oxford ont été observés en train de s’occuper d’animaux d’autres espèces, souvent plus jeunes ou plus petits qu’eux. Par exemple, des macaques ont été vus avec des chiots, des écureuils ou des cochons domestiques, parfois en les portant ou en les protégeant comme s’ils étaient leurs propres petits. Ces comportements suggèrent une forme de socialisation interspécifique, un phénomène rare dans le règne animal. Les chercheurs soulignent que ces interactions pourraient être liées à des besoins affectifs ou à des stratégies de survie, comme la réduction du stress ou l’amélioration de la cohésion du groupe.
L’étude propose plusieurs hypothèses pour expliquer pourquoi les singes adoptent des animaux de compagnie. L’une d’elles est que ces comportements pourraient être une réponse à un environnement modifié par l’homme, comme la déforestation ou la proximité avec des zones habitées. Dans ces contextes, les singes pourraient être plus enclins à interagir avec d’autres espèces, y compris des animaux domestiques. Une autre piste est liée à la théorie de l’attachement, qui suggère que les primates, comme les humains, ont un besoin inné de liens sociaux, même avec des individus d’autres espèces. Ces observations pourraient aussi refléter une forme d’empathie ou de curiosité envers des animaux perçus comme vulnérables.
Cette étude, publiée par l’Université d’Oxford, ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension des comportements sociaux chez les primates. Elle remet en question l’idée que ces comportements sont exclusivement humains ou limités à quelques espèces. Les chercheurs espèrent que ces observations pourront aider à mieux comprendre l’évolution des relations entre espèces animales et, éventuellement, éclairer des aspects de la psychologie humaine. Par exemple, ces découvertes pourraient être utiles pour étudier les mécanismes de l’attachement ou de la socialisation chez d’autres mammifères. L’étude a été menée dans le cadre d’un projet plus large sur les interactions entre espèces dans la nature.
Malgré l’intérêt de ces observations, les chercheurs reconnaissent que leur étude présente certaines limites. Les données disponibles sont encore limitées et concernent principalement quelques espèces de singes dans des environnements spécifiques. Il reste à déterminer si ces comportements sont fréquents ou s’ils sont des exceptions. Les prochaines étapes incluent l’analyse de davantage de vidéos et d’observations sur le terrain, ainsi que des expériences en captivité pour reproduire ces interactions et mieux comprendre leurs causes. Les scientifiques appellent à des recherches supplémentaires pour confirmer ces résultats et explorer d’autres aspects de ces relations insolites.

