Un herbier de mots – sur Venise, millefleurs de Ryoko Sekiguchi
Ryoko Sekiguchi, autrice japonaise installée à Paris, propose avec Venise, millefleurs une réinvention audacieuse de la tradition littéraire vénitienne, souvent dominée par des voix masculines et des visions crépusculaires. En s’appuyant sur un herbier du début du XIXe siècle, elle transforme la Sérénissime en un archipel floral et vivant, où l’inventivité des habitants devient le cœur d’un récit à la fois poétique et politique.
En quoi Venise, millefleurs se distingue-t-il des représentations traditionnelles de Venise dans la littérature ?
Contrairement aux évocations souvent masculines et mélancoliques de Venise, Sekiguchi propose une vision végétale, féminine et collective, centrée sur les témoignages des habitants et une ville perçue comme un archipel en mouvement. L’herbier du début du XIXe siècle sert de déclencheur à cette réinterprétation, où la flore et la vitalité des Venetiani deviennent les piliers d’un récit inédit.
Quel rôle joue l’herbier du début du XIXe siècle dans la construction de ce livre ?
L’herbier n’est pas seulement un objet documentaire : il devient le prétexte à une réinvention narrative, un dispositif qui permet à Sekiguchi de faire émerger une Venise à la fois historique et fantasmagorique. Ce document ancien sert de pont entre le passé et une imagination contemporaine, où la flore devient le langage d’une ville vivante et réinventée.
Comment Sekiguchi aborde-t-elle la pression de la tradition littéraire vénitienne dans son projet ?
Dès l’ouverture du livre, elle assume cette pression en la transformant en un moteur créatif : son incertitude initiale (« Je ne sais pas si mon intuition est la bonne ») devient le socle d’une écriture à la fois humble et audacieuse, où l’échec possible est intégré comme une étape nécessaire à l’invention d’un nouveau langage.
Ce que ça pourrait changer
Cette approche pourrait inspirer une relecture des canons littéraires, notamment ceux liés aux villes-mythes, en montrant comment une perspective féminine, végétale et collective peut déconstruire des récits dominants. Elle interroge aussi la place de l’écriture comme acte de résistance face à l’héritage culturel, tout en soulignant l’importance de l’imagination comme outil de réappropriation des espaces urbains.

