Un géoglyphe découvert avec Google Earth fascine les archéologues argentins
La découverte d’un géoglyphe inédit dans les Andes argentines, repéré via Google Earth, relance le débat sur les réseaux de peuplement et les pratiques rituelles des civilisations précolombiennes. Si son lien avec l’Empire inca semble plausible, sa nature exacte et son rôle dans l’organisation spatiale des sociétés andines restent à élucider, soulignant les limites des méthodes d’exploration traditionnelles face à des sites aussi isolés.
Qu’est-ce qui distingue ce géoglyphe des autres sites archéologiques andins, notamment ceux de Nazca au Pérou ?
Contrairement aux géoglyphes de Nazca, dont les motifs figuratifs (animaux, figures humaines) sont bien documentés, celui de Mendoza présente une structure géométrique abstraite (cercles, rectangles, couloirs) sans équivalent connu à ce jour. De plus, son altitude élevée (plus de 3 500 mètres) et son isolement dans un plateau inhospitalier en font un cas unique, loin des zones côtières ou des vallées fertiles associées aux civilisations andines classiques.
Qui sont les acteurs clés impliqués dans l’étude de cette découverte et quels sont leurs objectifs ?
L’alpiniste Carlos Gobbi a initialement repéré le site via Google Earth en mars 2025, avant de tenter à plusieurs reprises d’y accéder, finalement réussi en février. Une équipe d’archéologues argentins et espagnols, dirigée par Horacio Chiavazza (Laboratoire d’archéologie historique et ethno-archéologie de l’université de Cuyo), prépare désormais une expédition pour l’été austral. Leurs travaux incluent des fouilles, des relevés sédimentaires, une cartographie par drones et satellites, ainsi que des consultations avec les communautés autochtones pour contextualiser le site.
Pourquoi l’hypothèse d’un lien avec l’Empire inca suscite-t-elle autant d’intérêt, et quelles en sont les limites ?
L’hypothèse inca (XVe–XVIe siècles) s’appuie sur la proximité du site avec le Qhapaq Ñan, réseau de voies andines, et sur des similitudes avec des centres cérémoniels incas connus. Cependant, l’absence d’accès à l’eau et de traces d’habitat permanent rend cette interprétation fragile. Les chercheurs n’excluent pas une origine antérieure ou postérieure, laissant ouverte la question de la fonction exacte du géoglyphe, qui pourrait relever davantage du sacré que de l’utilitaire.
Quels défis méthodologiques pose l’étude de ce géoglyphe, et pourquoi les conditions locales compliquent-elles son exploration ?
L’isolement du site, à plus de 3 500 mètres d’altitude dans la cordillère des Andes, impose des contraintes logistiques majeures : accès difficile, conditions climatiques extrêmes, et absence de ressources sur place. Ces obstacles expliquent les échecs initiaux de Gobbi et retardent les fouilles, tandis que les méthodes traditionnelles (fouilles manuelles, relevés terrestres) doivent être complétées par des technologies modernes (drones, satellites) pour pallier l’impossibilité d’une exploration continue.
Ce que ça pourrait changer
Cette découverte pourrait enrichir la compréhension des dynamiques spatiales et symboliques des sociétés précolombiennes, notamment leur rapport aux montagnes et aux rituels. Elle met aussi en lumière les limites des outils numériques (comme Google Earth) pour l’archéologie, qui ne remplacent pas l’expertise in situ. Enfin, elle rappelle l’urgence de protéger ces sites fragiles, menacés par l’érosion, le tourisme non régulé ou les changements climatiques, avant qu’ils ne disparaissent sans laisser de traces exploitables.

