Petal de Meta : 1 000 Tb/s entre les États-Unis et la France grâce à des fibres à deux cœurs
Meta franchit une nouvelle étape dans l’optimisation des infrastructures numériques avec le déploiement de fibres optiques à deux cœurs, permettant d’atteindre une capacité record de 1 000 Tb/s sur un câble transatlantique de 7 000 km. Cette innovation, présentée comme une première industrielle pour des liaisons océaniques, interroge moins sur la technique elle-même que sur ses implications géopolitiques et économiques, alors que les géants du numérique s’affranchissent des modèles traditionnels de mutualisation des réseaux.
En quoi la technologie des fibres à deux cœurs diffère-t-elle des solutions existantes pour les câbles sous-marins ?
Contrairement aux approches classiques qui augmentent la capacité en multipliant le nombre de fibres dans un câble, Meta mise sur une densité accrue au sein même de chaque fibre optique. Chaque brin de 125 μm de diamètre intègre désormais deux cœurs, doublant ainsi la capacité sans alourdir la structure physique du câble. Cette méthode, industrialisée pour la première fois à l’échelle transocéanique, contraste avec les expérimentations en laboratoire de fibres à multiples cœurs, qui n’avaient pas encore abouti à des déploiements opérationnels.
Qui sont les acteurs clés de ce projet et quel rôle jouent-ils ?
Le projet est porté par Meta, qui conçoit et finance le câble Petal, tandis qu’Orange est en charge de l’atterrage en France, c’est-à-dire de la connexion physique du câble aux infrastructures terrestres. Ce partenariat illustre une tendance croissante où les géants du numérique, plutôt que de s’appuyer sur des opérateurs historiques ou des consortiums publics, développent leurs propres infrastructures pour répondre à leurs besoins en bande passante, souvent colossaux.
Quelles limites techniques ou économiques cette innovation soulève-t-elle ?
Si la technologie des fibres multicœurs promet des gains de capacité majeurs, elle reste dépendante des répéteurs monocœurs actuels, qui ne sont pas encore adaptés à cette nouvelle configuration. Par ailleurs, l’industrialisation de cette solution à grande échelle pose des défis logistiques et économiques, notamment en termes de coût de déploiement et de compatibilité avec les infrastructures existantes. Enfin, l’absence de mutualisation des ressources pourrait accentuer les inégalités d’accès aux réseaux entre les acteurs dominants et les autres.
Ce que ça pourrait changer
L’arrivée de câbles comme Petal pourrait redéfinir les rapports de force dans l’écosystème numérique, en renforçant la dépendance des acteurs tiers (États, entreprises, utilisateurs) envers les infrastructures contrôlées par quelques géants du secteur. Elle interroge aussi sur la pérennité des modèles traditionnels de partage des ressources, tandis que les besoins en débit explosent avec l’essor des données massives et des applications gourmandes en bande passante. À plus long terme, cette course à la capacité pourrait accentuer les tensions géopolitiques autour de la souveraineté des données et des infrastructures critiques.

