Dans la bibliothèque de Wajdi Mouawad
L’écrivain et metteur en scène Wajdi Mouawad explore, dans une émission de France Culture, les fondations de sa bibliothèque personnelle comme miroir de son parcours d’exilé, de lecteur et de créateur. À travers des choix littéraires aussi variés qu’Homère, Lautréamont ou Maria Zambrano, il révèle comment la littérature devient un outil de résistance, d’empathie et de reconstruction, où la colère, la mémoire et l’écriture s’entrelacent pour interroger le monde.
Comment Wajdi Mouawad décrit-il le rôle de la littérature dans sa vie, notamment face à l’exil et à la souffrance ?
Pour Mouawad, la littérature n’est pas une conséquence de la souffrance, mais un moyen de la transcender. Il affirme que « on n’écrit pas parce qu’on a souffert, on écrit parce qu’on a lu », soulignant que les livres — comme ceux d’Homère ou de Lautréamont — lui ont offert des clés pour comprendre sa colère, son exil et son rapport aux autres. La lecture devient ainsi un acte de lucidité et d’empathie, notamment face à la guerre et aux conflits.
Quels auteurs et œuvres occupent une place centrale dans sa bibliothèque, et pourquoi ces choix sont-ils significatifs ?
Parmi ses références, L’Iliade d’Homère incarne pour lui l’empathie à travers le dialogue entre ennemis, tandis que Les Chants de Maldoror de Lautréamont reflète sa propre colère et insatisfaction. Maria Zambrano, avec De l’aurore, lui a appris à penser par métaphores, et André Dhôtel, avec Les Disparus, symbolise une liberté littéraire absolue. Josée Yvon, enfin, représente pour lui une poésie québécoise qui donne voix aux blessures sociales. Ces choix dessinent une géographie intellectuelle où mémoire, politique et création se répondent.
En quoi la structure même de sa bibliothèque reflète-t-elle sa vision de la littérature ?
Mouawad organise ses livres selon la date de naissance de leurs auteurs, comme une « longue traversée du temps ». Cette classification suggère une approche organique et vivante de la littérature, où les œuvres dialoguent à travers les siècles. Ses espaces dédiés — une bibliothèque des spiritualités, une autre de l’animalité, ou une passerelle suspendue — illustrent aussi une volonté de mêler les disciplines et les époques, reflétant sa quête d’une littérature totale, à la fois intime et universelle.
Ce que ça pourrait changer
Cette exploration de la bibliothèque de Mouawad met en lumière le pouvoir des œuvres littéraires comme outils de résilience et de compréhension du monde, surtout dans un contexte d’exils multiples (géographiques, linguistiques, culturels). Elle invite à repenser le rôle de la lecture non plus comme un simple divertissement, mais comme une pratique active de reconstruction identitaire. Pour les créateurs et les lecteurs, cette approche souligne l’importance de cultiver des bibliothèques personnelles comme espaces de résistance et d’innovation artistique.

