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DROIT

Expertise psychologique : les magistrats posent-ils les bonnes questions aux experts ? Par Barbara Para, Psychologue.

Source unique·23 sept.

L’expertise psychologique en milieu judiciaire soulève une question centrale : les magistrats exploitent-ils pleinement le potentiel de cette discipline, ou se contentent-ils de redondances avec l’approche psychiatrique ? Entre duplication des missions et sous-utilisation des outils psychologiques, l’enjeu dépasse la simple évaluation technique pour interroger la complémentarité des regards disciplinaires dans la quête de justice.

Pourquoi la duplication des questions entre psychiatres et psychologues dans les expertises judiciaires pose-t-elle problème ?

Le risque réside dans une perte d’efficacité et de pertinence : lorsque l’expertise psychiatrique a déjà exploré des dimensions comme le discernement ou les troubles mentaux, une expertise psychologique centrée sur les mêmes questions réduit son apport à une simple redondance. La psychologie dispose pourtant d’outils spécifiques pour analyser le fonctionnement de la personnalité, la régulation émotionnelle ou les interactions sociales, des champs distincts de la psychopathologie pure.

Quels sont les domaines où la psychologie pourrait enrichir significativement l’expertise judiciaire, selon l’article ?

L’article souligne trois axes majeurs : l’évaluation des capacités de régulation émotionnelle et d’empathie, l’analyse structurée des traits de personnalité (notamment les mécanismes défensifs ou les vulnérabilités narcissiques), et la compréhension des interactions sociales. Ces dimensions, bien que distinctes de l’évaluation du QI ou de la présence de pathologies, offrent une grille de lecture complémentaire pour éclairer le fonctionnement d’une personne dans un contexte juridique.

Comment l’avocat peut-il influencer la qualité d’une expertise psychologique avant même sa réalisation ?

L’avocat dispose d’un levier procédural en amont : en examinant la mission confiée à l’expert, il peut s’assurer que les questions posées reflètent une réelle nécessité et évitent les redondances avec d’autres expertises. Cela implique de vérifier si la mission intègre des dimensions spécifiques à la psychologie (comme l’analyse des émotions ou des interactions sociales) ou si elle se limite à des évaluations déjà couvertes par d’autres disciplines.

Pourquoi le QI ne suffit-il pas à établir un profil psychologique complet ?

Le QI mesure une capacité cognitive, mais il ne rend pas compte de la complexité du fonctionnement psychologique. Une personne peut avoir un QI dans la norme tout en présentant des difficultés majeures dans la régulation de ses émotions ou dans sa perception des interactions sociales. L’article insiste sur la nécessité de lier toute mesure quantitative à une question précise, sans quoi l’information devient un simple chiffre déconnecté du contexte clinique.

Ce que ça pourrait changer

Une meilleure articulation entre les missions d’expertise pourrait optimiser les ressources judiciaires et renforcer la pertinence des rapports. Cela suppose une réflexion collective sur la complémentarité des disciplines, où chaque expertise apporterait un éclairage distinct, plutôt qu’une superposition de regards similaires. La vigilance des acteurs du droit (magistrats, avocats) sur la formulation des missions devient ainsi un facteur clé pour éviter le gaspillage d’expertises et améliorer la qualité des décisions.

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