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CULTURE

Religieuses, des histoires de sœurs 4/4 : Les religieuses à l’heure du féminisme

Source unique·3 sept.

La figure de la religieuse, longtemps cantonnée à une image traditionnelle et discrète, connaît une réinvention paradoxale dans l’espace public contemporain. Entre nonne-mania médiatique, revendications féministes et scandales de violences sexuelles, les sœurs catholiques incarnent désormais un miroir des tensions qui traversent à la fois l’Église et la société. Cette mutation interroge moins leur rôle spirituel que les rapports de pouvoir qui structurent encore leur place, entre visibilité symbolique et marginalisation institutionnelle.

Pourquoi la figure de la religieuse suscite-t-elle aujourd’hui un engouement médiatique et culturel inédit ?

L’historienne Nicole Pellegrin y voit une réponse à un double besoin social : d’une part, la quête de nouvelles héroïnes capables de porter des récits de résilience ou de subversion, et d’autre part, une anxiété contemporaine face à un monde perçu comme chaotique, où le couvent apparaît comme un havre de paix idéalisé. Cette nonne-mania reflète aussi une libération de la parole sur la condition féminine, y compris dans des milieux traditionnellement conservateurs comme l’Église.

Quels sont les paradoxes qui traversent la réalité des religieuses aujourd’hui, entre déclin numérique et visibilité accrue ?

D’un côté, leur nombre s’effondre : elles ne sont plus que 600 000 dans le monde (dont 17 000 en France), signe d’un vieillissement et d’un désengagement massif. De l’autre, leur image se diffuse massivement via les réseaux sociaux, le cinéma ou la musique, où elles deviennent des icônes pop. Ce décalage révèle une tension entre la marginalisation institutionnelle des femmes dans l’Église — où les postes de pouvoir restent majoritairement masculins — et leur réappropriation symbolique par la culture contemporaine.

Comment le mouvement #MeToo a-t-il affecté la perception et la parole des religieuses au sein de l’Église ?

Le scandale des violences sexuelles dans l’Église a révélé une hiérarchie des victimes : les religieuses, bien que touchées par des abus commis par des prêtres, ont longtemps été invisibilisées, voire discréditées. Véronique Margron, ancienne présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, souligne que leur parole a été minimisée, avec des sous-entendus culpabilisants suggérant qu’elles auraient « cherché » ces violences par leur proximité avec les clercs. Ce déni institutionnel a exacerbé les fractures entre les victimes et la hiérarchie.

En quoi les religieuses représentent-elles un enjeu spécifique dans les débats sur l’autorité et la légitimité au sein du catholicisme ?

Leur statut de femmes dans une institution patriarcale en fait des actrices ambiguës : à la fois soumises aux structures de pouvoir masculines (via les prêtres ou les évêques) et porteuses d’une spiritualité souvent perçue comme plus inclusive. Leur visibilité actuelle, notamment via des figures comme les drag-nonnes ou des engagements féministes, questionne la capacité de l’Église à intégrer ces dynamiques sans reproduire les schémas d’exclusion qui ont nourri les scandales.

Ce que ça pourrait changer

Cette tension entre réinvention médiatique et réalités institutionnelles pourrait accélérer des réformes internes à l’Église, sous la pression des laïcs et des religieuses elles-mêmes. Elle interroge aussi la capacité des sociétés contemporaines à concilier nostalgie des modèles traditionnels et exigences d’égalité, sans tomber dans l’idéalisation ou la folklorisation des figures religieuses. Enfin, elle pose la question de la légitimité des institutions à se réinventer quand leurs structures de pouvoir restent figées.

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