Pour une fabrique des territoires plus conviviale
Face à l’incapacité des modèles traditionnels de fabrique urbaine à intégrer la complexité des crises contemporaines, l’article propose une refonte radicale des pratiques d’aménagement territorial. En s’appuyant sur une critique des savoirs experts exclusifs, Fanny Broyelle plaide pour une reconquête du sensible comme levier politique, où artistes, habitants et savoirs vernaculaires deviennent des acteurs à part entière de la transformation des espaces publics.
Pourquoi la crise du sensible est-elle présentée comme un enjeu central dans la fabrique des territoires ?
Elle révèle une déconnexion entre les approches techniques de l’aménagement et les besoins humains de représentation, d’altérité et d’expérience vécue. Cette crise est liée à une séparation historique entre arts et sciences, qui a privé les projets urbains de dimensions poétiques, politiques et collectives pourtant essentielles à leur viabilité sociale et écologique.
Quels acteurs Fanny Broyelle identifie-t-elle comme devant être intégrés aux processus de décision territoriale ?
Les habitants, les artistes et les détenteurs de savoirs vernaculaires ou situés sont cités comme des partenaires indispensables. Leur inclusion vise à dépasser le monopole des experts traditionnels, souvent comparés à Atlas portant seul le poids des défis territoriaux, pour construire des solutions plus inclusives et ancrées dans les réalités locales.
En quoi les savoirs sensibles ou poétiques sont-ils considérés comme des ressources politiques dans l’aménagement des territoires ?
Ils offrent une alternative aux logiques purement fonctionnalistes ou réglementaires, en réintroduisant des dimensions humaines et écologiques souvent ignorées. Des penseurs comme John Dewey ou Estelle Zhong-Mengal sont mobilisés pour montrer comment l’art et l’expérience esthétique peuvent structurer des formes de collectif et de démocratie spatiale plus adaptées aux défis contemporains.
Quel parallèle l’auteure établit-elle entre les crises territoriales actuelles et les limites des modèles d’aménagement hérités ?
Les crises écologiques, démocratiques et culturelles remettent en cause la capacité des modèles traditionnels à prévoir ou stabiliser l’avenir des territoires. L’article souligne que l’incertitude devient une donnée structurelle, nécessitant des approches plus flexibles, collaboratives et ancrées dans l’expérience vécue, plutôt que dans des plans rigides ou des solutions technocratiques.
Ce que ça pourrait changer
Une telle refonte pourrait transformer les pratiques d’aménagement en profondeur, en faisant des espaces publics des laboratoires de démocratie participative et de résilience écologique. À l’inverse, le risque serait de voir ces discours rester lettre morte, faute de cadres institutionnels capables d’intégrer ces savoirs hybrides dans les politiques publiques. L’enjeu est donc autant théorique que pratique : passer d’une fabrique des territoires centrée sur l’expertise à une fabrique conviviale, où le sensible devient un critère de légitimité politique.

