Livret A sur Trade Republic : la fintech ne joue pas le jeu et demande à une banque française de lui fournir le compte d’épargne
L’arrivée du Livret A sur Trade Republic, via un partenariat avec Axa Banque, révèle une stratégie de contournement réglementaire qui interroge la légitimité des fintechs étrangères à capter l’épargne réglementée française. Cette initiative, bien que commercialement astucieuse, soulève des questions sur les obligations de redistribution des fonds collectés et la capacité des néobanques à s’inscrire dans l’économie sociale et solidaire que sert traditionnellement ce produit d’épargne.
Pourquoi Trade Republic a-t-il choisi de ne pas détenir lui-même les Livrets A de ses clients français ?
Trade Republic a écarté la détention directe des Livrets A en raison des obligations de redistribution associées à ce produit : 40 % des fonds collectés doivent être prêtés aux PME françaises, un engagement que la fintech berlinoise ne souhaite pas encore assumer, comme l’a expliqué son directeur France Vincent Grard. Le partenariat avec Axa Banque, qui prend en charge cette contrainte, permet à Trade Republic de se concentrer sur son cœur de métier historique, l’investissement, tout en élargissant son offre commerciale.
Quels sont les acteurs clés de cette opération et quel est leur rôle respectif ?
Trade Republic, fintech allemande présente en France depuis 2019 avec plus d’un million de comptes, agit ici comme distributeur du Livret A pour ses clients, sans en être le détenteur. Axa Banque, filiale française du groupe AXA, est l’établissement qui détient et gère effectivement ces comptes, en respectant les obligations légales de redistribution des fonds. L’État français intervient également en fixant le taux d’intérêt du Livret A (1,70 % depuis août 2026) et en encadrant son utilisation via la Caisse des Dépôts et des Consignations.
Quel est l’avantage concurrentiel de cette manœuvre pour Trade Republic face à des acteurs comme Revolut ?
Cette stratégie permet à Trade Republic de proposer un produit d’épargne réglementé et populaire en France, sans avoir à obtenir une licence bancaire complète ni à assumer les contraintes de redistribution des fonds. Cela contraste avec Revolut, qui vient d’obtenir une licence bancaire française et se lance dans le crédit, mais doit désormais rivaliser sur un terrain où Trade Republic mise sur sa simplicité et son expertise historique en investissement, avec plus de 400 000 PEA ouverts en France.
Ce que ça pourrait changer
Cette manœuvre pourrait accélérer la transformation des néobanques en acteurs hybrides, capables de contourner certaines régulations tout en capitalisant sur des produits d’épargne traditionnels. Elle interroge aussi la capacité des fintechs à s’intégrer pleinement dans l’écosystème bancaire français et à contribuer aux missions d’intérêt général portées par des produits comme le Livret A. Enfin, elle pourrait inciter les régulateurs à clarifier les règles applicables aux acteurs étrangers souhaitant distribuer des produits réglementés en France.

