G: comme Gogol ou l’île de la tétration
L’article explore une dérive sémantique et conceptuelle des grands nombres dans le numérique, où des termes comme gogol ou googolplex deviennent des coquilles vides, dépourvues de sens mathématique ou pratique. En analysant cette tétration des symboles, les auteurs révèlent comment l’informatique et les discours socio-économiques génèrent des gogol-nombres — des entités à la fois ridicules et trompeuses, symptomatiques d’une fracture calculatoire où la quantification l’emporte sur la signification.
Pourquoi les nombres comme gogol ou googolplex sont-ils qualifiés de « nombres cons » dans l’article ?
Les auteurs les désignent ainsi car ils relèvent d’une manipulation de symboles vides de sens, où la forme prime sur le fond. Gogol (10^100) et googolplex (10^googol) n’ont aucune utilité mathématique ni application concrète, et leur adoption par Google illustre une stratégie de naming fondée sur l’effet d’annonce plutôt que sur une réflexion sémantique. Leur caractère « con » se mesure aussi à l’aune de leur durée d’illusion sémantique, quasi instantanée.
Quelle distinction l’article établit-il entre les nombres physiques, logiques et gogol-nombres ?
Les nombres physiques mesurent des réalités tangibles (ex. : taille des QR-codes, volume de données) et conservent un ancrage dans le monde matériel. Les nombres logiques comptabilisent des possibilités abstraites (ex. : combinaisons de QR-codes) et, bien que colossaux, gardent une forme de sens. Les gogol-nombres, en revanche, sont des artefacts syntaxiques sans lien avec une réalité mesurable ou un calcul utile, comme le googolplexplex (10^googolplex) ou les projections économiques déconnectées.
Comment l’informatique contemporaine contribue-t-elle à la prolifération des gogol-nombres ?
L’essor des données massives et des systèmes d’IA génère des quantités de données si vastes qu’elles perdent toute signification opérationnelle. Par exemple, en 2025, des milliers de morceaux musicaux ou de vidéos générés par IA inondent les plateformes, tandis que le nombre de pages web ou de téléphones dépasse l’entendement humain. Ces nombres physiques deviennent alors aussi dénués de sens que les gogol-nombres, car leur gigantisme efface les phénomènes sociétaux sous-jacents.
Quel rôle jouent les discours politiques et économiques dans la production de gogol-nombres selon l’article ?
Les auteurs pointent des exemples comme les annonces de dépenses militaires (800 milliards d’euros en Europe, 900 milliards aux USA) ou la dette française (3 300 milliards d’euros en 2025), qui sont des gogol-nombres décontextualisés. Ces chiffres, souvent issus de calculs approximatifs ou de projections irréalistes, servent des narratives sans ancrage dans la réalité, révélant une tendance à instrumentaliser les grands nombres pour justifier des décisions ou masquer des lacunes analytiques.
Ce que ça pourrait changer
Cette inflation des gogol-nombres risque d’alimenter une défiance généralisée envers les chiffres, perçus comme des outils de manipulation plutôt que de compréhension. Elle interroge aussi la capacité des sociétés à distinguer l’information pertinente des artefacts calculatoires, surtout dans des domaines critiques comme la défense ou l’économie. À l’ère de l’IA générative, cette dérive pourrait s’aggraver, rendant urgente une éducation aux limites des grands nombres et à leur interprétation.

