L’investisseur canadien Stephen Jarislowsky s’éteint à 101 ans
La disparition de Stephen Jarislowsky à 101 ans marque la fin d’un géant de la finance canadienne, dont l’héritage dépasse largement les performances boursières. Figure controversée et admirée, il a incarné une vision exigeante de l’investissement, mêlant éthique, militantisme actionnarial et un franc-parler qui a souvent bousculé les certitudes locales. Son parcours illustre aussi les tensions entre internationalisme et ancrage québécois, dans un milieu financier où la gouvernance reste un enjeu récurrent.
Quels étaient les principes fondateurs de la gestion de Jarislowsky, et comment ont-ils influencé le secteur financier canadien ?
Jarislowsky défendait une approche d’investissement axée sur la bonne gouvernance, l’éthique et la patience, s’opposant aux pratiques spéculatives ou opaques. Son cabinet, Jarislowsky Fraser, a popularisé la recherche sur le terrain et l’évaluation rigoureuse des entreprises, inspirant des générations de gestionnaires. Son engagement pour les droits des petits actionnaires, via la Coalition canadienne pour une bonne gouvernance, a aussi contribué à structurer les débats sur la transparence en finance.
Comment Jarislowsky a-t-il articulé son identité internationale avec son ancrage montréalais, notamment face aux débats politiques québécois ?
Bien que né en Allemagne et formé aux États-Unis, Jarislowsky a choisi Montréal comme base opérationnelle dès les années 1950, y voyant une ville ouverte et francophone. Il se définissait comme internationaliste, critiquant à la fois le souverainisme québécois (qu’il qualifiait de « fasciste » après 1995) et les excès de l’État provincial, tout en défendant une francophonie dynamique. Son parcours reflète ainsi les ambiguïtés d’une élite financière entre loyauté locale et vision globale.
Quels sont les éléments marquants de son héritage philanthropique et culturel au Québec ?
Sa Fondation a soutenu massivement les institutions culturelles québécoises, comme la Faculté des beaux-arts de Concordia, le Musée des beaux-arts de Montréal ou le Banff Centre, reflétant une vision où finance et art s’entremêlent. Son bureau, décoré d’œuvres de Jean Paul Lemieux et de plantes, symbolisait cette connexion entre rigueur économique et sensibilité artistique, rare dans le milieu des affaires.
Pourquoi son franc-parler a-t-il souvent suscité des polémiques, et quel rôle a joué la controverse dans sa notoriété ?
Jarislowsky n’hésitait pas à critiquer publiquement des tabous québécois — comme le souverainisme, la taille de l’État ou les retraites à 55 ans — ce qui lui a valu des inimitiés durables. Ces prises de position, parfois perçues comme provocatrices, ont aussi renforcé son image de gardien de l’éthique, contrastant avec une finance souvent perçue comme technocratique ou complaisante.
Ce que ça pourrait changer
Son décès pourrait relancer les débats sur la gouvernance d’entreprise au Canada, dans un contexte où les attentes en matière de transparence et d’éthique restent élevées. Son héritage militant, notamment via l’IGOPP, pourrait inspirer de nouvelles initiatives pour encadrer les pratiques des dirigeants. Enfin, la transmission de son cabinet à la Banque Scotia interroge sur l’avenir d’une culture d’investissement encore marquée par son empreinte.

