Est-ce que les Canadiens profiteront de l’abolition des tarifs douaniers sur les panneaux solaires chinois?
La suppression des tarifs douaniers sur les panneaux solaires chinois par le Canada soulève une question plus large que celle d’un simple avantage tarifaire : dans quelle mesure cette mesure se répercutera-t-elle sur le coût final pour les consommateurs et les acteurs du secteur ? Entre enjeux commerciaux, politiques industrielles et réalités économiques locales, l’analyse révèle un décalage entre l’abaissement des prix à l’importation et les bénéfices concrets pour les ménages ou les installateurs.
Quelle décision commerciale le Canada a-t-il prise concernant les panneaux solaires chinois et pourquoi est-elle significative ?
Le Canada a mis fin à l’ordonnance imposant des droits de douane sur les panneaux solaires originaires de Chine ou exportés depuis ce pays, après un examen mené en juillet 2024 par l’Agence des services frontaliers du Canada. Cette décision est significative car elle supprime un coût à l’importation, mais son impact réel dépendra de la manière dont les acteurs du marché (distributeurs, installateurs, promoteurs) répercuteront cette économie, sans garantie qu’elle se traduise par une baisse des prix finaux pour les consommateurs.
Quels acteurs du marché solaire canadien pourraient être directement affectés par cette mesure et comment ?
Les installateurs et promoteurs solaires pourraient bénéficier d’une réduction des coûts d’approvisionnement, notamment s’ils importent des panneaux assujettis aux droits de douane supprimés. En revanche, les producteurs nationaux comme Heliene, qui ne fabriquaient pas de panneaux au Canada en 2024 mais conservaient cette capacité, pourraient voir leur compétitivité se réduire face à des importations moins chères, sans que la demande locale ne suffise à soutenir leur production.
Quels autres facteurs pourraient atténuer ou annuler les bénéfices attendus de cette suppression tarifaire pour les consommateurs ?
Plusieurs éléments pourraient limiter l’impact de cette mesure sur les prix finaux : la disparition des subventions fédérales pour les rénovations écologiques (le programme Maisons plus vertes a fermé en février 2024 et le Programme de prêts en septembre 2023), l’introduction de nouveaux frais provinciaux (comme les 14 $ par panneau en Alberta pour le recyclage), ou encore la structure des contrats d’achat qui intègrent d’autres coûts (main-d’œuvre, onduleurs, travaux électriques) bien au-delà du prix des panneaux.
Pourquoi la question de l’origine de fabrication des panneaux solaires vendus au Canada reste-t-elle un sujet de débat malgré cette décision ?
La décision ne concerne que les panneaux précisément originaires de Chine ou exportés depuis ce pays, ce qui ne couvre pas l’ensemble des équipements disponibles sur le marché canadien. Les distributeurs comme Frankensolar proposent des marques variées (Canadian Solar, JA Solar, etc.), mais leur origine de fabrication n’est pas toujours transparente, et seule une analyse fine des chaînes d’approvisionnement permettrait d’évaluer la part réelle des panneaux chinois dans les installations locales.
Ce que ça pourrait changer
Cette suppression tarifaire pourrait offrir une marge de manœuvre aux promoteurs de projets solaires pour améliorer leur rentabilité ou proposer des offres plus compétitives, mais elle ne garantit pas une baisse généralisée des coûts pour les ménages. Pour les investisseurs, l’enjeu sera de distinguer les acteurs capables de tirer profit de cette mesure (installateurs, distributeurs) de ceux qui pourraient en pâtir (producteurs locaux). La viabilité à long terme de la filière solaire canadienne dépendra aussi de la capacité à concilier compétitivité des prix et relocalisation partielle de la production.

