Jérôme Dupras veut décloisonner la science
La nomination de Jérôme Dupras au poste de scientifique en chef du Québec marque un tournant symbolique pour la recherche québécoise : celle d’un chercheur issu des arts et engagé publiquement, qui entend briser les silos entre disciplines et entre science et société. Son parcours atypique, entre musique engagée et recherche en économie écologique, interroge les conditions d’une science plus ouverte, accessible et utile face aux défis contemporains. En quoi cette figure hybride incarne-t-elle une nouvelle manière de concevoir la science, et quels obstacles structurels pourrait-elle contribuer à surmonter ?
En quoi le parcours de Jérôme Dupras diffère-t-il de celui d’un scientifique traditionnel, et qu’est-ce que cette trajectoire révèle des attentes envers la science aujourd’hui ?
Jérôme Dupras a construit sa légitimité scientifique après une carrière musicale de 25 ans avec Les Cowboys Fringants, un groupe dont les textes dénonçaient la marchandisation des ressources naturelles. Son doctorat en géographie, son postdoctorat en biologie et sa spécialisation en économie écologique illustrent une approche transdisciplinaire, où la science n’est plus cantonnée à un laboratoire mais s’inscrit dans un dialogue avec la société. Cette trajectoire reflète une demande croissante pour des chercheurs capables de traduire des enjeux complexes — comme la crise climatique — en solutions accessibles, tout en mobilisant des publics variés.
Quels sont les principaux défis que Jérôme Dupras souhaite adresser en tant que scientifique en chef, selon l’article ?
L’article souligne son ambition de décloisonner la science à plusieurs niveaux : entre les disciplines (géographie, biologie, économie), entre la recherche et le grand public, et entre les institutions. Il vise notamment à rendre la science plus inclusive et utile pour les décideurs politiques et les citoyens, en s’appuyant sur sa notoriété pour démocratiser des concepts comme l’économie écologique, qui évalue la valeur des écosystèmes au-delà des indicateurs économiques traditionnels.
Comment la musique de Les Cowboys Fringants a-t-elle influencé la vision scientifique de Jérôme Dupras, et inversement ?
Les chansons du groupe, comme 8 secondes, ont ancré une conscience environnementale dans la culture québécoise, en dénonçant par exemple l’exploitation des ressources naturelles. Cette sensibilité précoce à l’écologie a probablement orienté ses recherches en économie écologique, où il étudie les interactions entre systèmes naturels et activités humaines. À l’inverse, sa formation scientifique lui permet aujourd’hui d’appuyer ses prises de parole publiques — à travers la musique ou les médias — sur des données et des méthodologies rigoureuses, renforçant la crédibilité de ses messages.
Ce que ça pourrait changer
Cette nomination pourrait accélérer la démocratisation de la science au Québec, en faisant de la recherche un outil de débat public plutôt qu’un domaine réservé aux experts. Elle pose cependant la question de la légitimité des scientifiques issus d’autres parcours : leur notoriété médiatique peut-elle compenser un manque d’expérience institutionnelle ? Par ailleurs, son approche pourrait inspirer d’autres pays à repenser le rôle des chercheurs, mais son succès dépendra de sa capacité à concilier engagement sociétal et rigueur scientifique sans tomber dans le militantisme.

