Sous la glace de l’Antarctique, ce bassin caché pourrait faire monter les océans de 3 à 4 mètres
Longtemps négligé par la recherche glaciologique, le bassin sous-glaciaire de Wilkes en Antarctique oriental émerge comme une bombe à retardement climatique. Alors que les modèles peinent à cerner les seuils de bascule de cette région, son potentiel à élever le niveau des océans de 3 à 4 mètres en cas de fonte interroge : et si le vrai point de non-retour se situait là, bien loin des glaciers de l’Ouest souvent médiatisés ? L’urgence de cartographier ce géant endormi révèle les lacunes criantes de la science face à l’emballement des rétroactions glaciaires.
Pourquoi le bassin de Wilkes est-il considéré comme une menace majeure malgré son relatif anonymat ?
Son socle rocheux s’enfonce sous le niveau de la mer, formant une pente rétrograde qui expose la glace à l’intrusion d’eaux océaniques plus chaudes. Une fois ce mécanisme enclenché, la fonte s’auto-entretient, rendant le processus potentiellement irréversible. Contrairement à d’autres régions, ses données topographiques et océaniques restent quasi inexistantes, ce qui empêche toute modélisation fiable de son évolution.
Quels éléments historiques suggèrent que le bassin de Wilkes pourrait basculer prochainement ?
Les carottages sédimentaires indiquent que sa calotte a déjà reculé de plusieurs centaines de kilomètres par le passé, notamment lors du Pliocène moyen (il y a 3 millions d’années) et du Pléistocène tardif, à chaque fois que les températures antarctiques dépassaient de 2 °C les niveaux préindustriels pendant au moins 2 500 ans. Les projections du GIEC situent cet écart de température aux alentours de 2070-2100.
Qui sont les acteurs mobilisés pour étudier ce bassin, et quels sont leurs principaux obstacles ?
Une étude internationale cosignée par 14 pays, publiée le 30 septembre dans Nature Reviews Earth & Environment, dresse le premier état des lieux complet. Pourtant, les chercheurs comme Matt King (Université de Tasmanie) soulignent l’absence de données in situ : aucun navire n’a jamais approché à moins de 150 km du front glaciaire du glacier Cook, principal exutoire du bassin. La logistique, coûteuse et risquée, retarde toute avancée significative.
Quelles seraient les conséquences géographiques d’une fonte totale du bassin de Wilkes ?
L’élévation du niveau des océans de 3 à 4 mètres submergerait des deltas fluviaux majeurs (Nil, Gange, Mékong) et rendrait partiellement inhabitables des métropoles côtières comme Shanghai, Mumbai, Miami, New York ou Amsterdam. Les nations insulaires du Pacifique seraient également rayées de la carte, avec des disparitions totales pour des territoires comme Tuvalu, Kiribati, les Îles Marshall ou Tokelau.
Ce que ça pourrait changer
L’urgence de cartographier le bassin de Wilkes met en lumière un paradoxe : alors que les scénarios catastrophes se précisent, la science manque cruellement de moyens pour les anticiper. Sans campagne internationale de mesure, les prochaines décennies pourraient voir s’enclencher des mécanismes irréversibles, transformant des régions entières en zones à haut risque climatique. La question n’est plus seulement si cela arrivera, mais quand nous serons capables de le savoir — et d’agir.

