Près de 30 000 Canadiens réclament l’expulsion de l’ambassadeur américain à Ottawa
La pétition signée par près de 30 000 Canadiens pour l’expulsion de l’ambassadeur américain Pete Hoekstra révèle une tension diplomatique inédite entre Ottawa et Washington, où les frontières entre représentation officielle et ingérence politique s’estompent. Au-delà de l’anecdote, cette initiative interroge la capacité du Canada à concilier ses alliances stratégiques avec les États-Unis et sa souveraineté face à des déclarations perçues comme provocatrices, dans un contexte où les relations bilatérales sont déjà fragilisées par des sujets sensibles comme les tensions commerciales ou les questions identitaires.
Quels griefs spécifiques sont reprochés à Pete Hoekstra dans cette pétition ?
La pétition lui reproche d’avoir tenu des propos jugés nuisibles aux relations diplomatiques, notamment en banalisant les menaces d’annexion du Canada par les États-Unis et en intervenant dans le débat politique canadien, comme lorsqu’il a évoqué un « excellent sujet de discussion » entre les dirigeants des deux pays. Ses critiques envers la politique commerciale américaine qualifiée de « guerre commerciale » par Ottawa, ainsi que ses remarques sur le « ton anti-américain » de la campagne électorale canadienne, sont également pointées du doigt.
Qui porte cette pétition et comment compte-t-elle être entendue au Parlement ?
La pétition a été lancée par une femme de Calgary et sera présentée à la Chambre des communes à l’automne par Elizabeth May, présidente du Parti vert. Bien que les députés puissent déposer des pétitions sans en approuver le contenu, cette initiative pourrait servir de levier politique pour forcer le gouvernement libéral à examiner les allégations d’ingérence diplomatique américaine dans les affaires canadiennes.
Comment le Canada a-t-il déjà utilisé l’outil de l’expulsion diplomatique dans un passé récent ?
Le Canada a déclaré persona non grata des diplomates étrangers à deux reprises ces dernières années : en 2023, un représentant chinois a été expulsé après des allégations d’espionnage ciblant un député conservateur, et en 2024, six diplomates indiens ont été expulsés en lien avec l’assassinat d’un militant sikh au Canada, selon des accusations impliquant des agents du gouvernement indien.
Ce que ça pourrait changer
Cette pétition pourrait cristalliser un malaise plus large au sein de l’opinion publique canadienne face à la perception d’une ingérence américaine croissante, risquant d’alourdir les relations bilatérales déjà tendues par des divergences commerciales ou géopolitiques. Elle met aussi en lumière la difficulté pour Ottawa de concilier fermeté diplomatique et maintien d’une alliance stratégique avec Washington, dans un contexte où les équilibres internes (opposition, société civile) pourraient exiger une réponse plus tranchée que celle adoptée jusqu’ici.

