Dix enfants morts en trottinette ou en vélo électrique au Canada en 2025
L’année 2025 marque un tournant inquiétant dans la micromobilité motorisée au Canada, avec une hausse sans précédent des accidents graves impliquant des enfants. Derrière les chiffres alarmants du Programme canadien de surveillance pédiatrique se cache une contradiction structurelle : ces engins, commercialisés comme des jouets accessibles, fonctionnent en réalité comme des véhicules motorisés à haute vitesse, souvent utilisés par des mineurs en dehors de tout cadre réglementaire clair. La crise sanitaire révèle ainsi les failles d’un système où la popularité de ces dispositifs dépasse de loin les mesures de prévention et d’encadrement existantes.
Quels sont les chiffres clés des accidents impliquant des enfants avec des trottinettes ou vélos électriques au Canada en 2025 ?
Dix enfants sont décédés en 2025 suite à des accidents avec ces engins, dont six en Ontario. Par ailleurs, 12 enfants ont été admis en soins intensifs et 26 hospitalisés plus de deux jours. L’année précédente, 57 cas graves (hospitalisations prolongées, soins intensifs ou décès) avaient été recensés. Ces données proviennent du Programme canadien de surveillance pédiatrique, basé sur les retours de 800 médecins.
Pourquoi les médecins urgentistes dénoncent-ils un problème de fond lié à ces engins ?
Les professionnels de santé soulignent que les trottinettes et vélos électriques, bien que présentés comme des jouets, atteignent des vitesses dangereuses (jusqu’à 45 km/h) et provoquent des traumatismes graves, notamment crâniens. Près de la moitié des cas graves concernent des lésions cérébrales, avec des interventions de neurochirurgie fréquentes. Le Dr Daniel Rosenfield, urgentiste à Toronto, évoque une explosion exponentielle des accidents, liée à une commercialisation massive sans adaptation des usages par les enfants.
Quels sont les écueils des réglementations actuelles au Canada ?
Les lois varient considérablement selon les provinces et les municipalités, créant une confusion généralisée. Par exemple, l’Ontario autorise les trottinettes électriques à 24 km/h dans certaines villes, tandis que Toronto les interdit sur les voies publiques. En Alberta, leur usage personnel est interdit, mais des locations sont possibles. L’âge minimum légal (16 ans dans la plupart des provinces) est largement ignoré, puisque 80 % des victimes ont moins de 16 ans.
Quelles mesures concrètes sont proposées par les experts pour limiter ces accidents ?
Les médecins urgentistes et traumatologues réclament un durcissement des règles : relèvement de l’âge minimum (au moins 16 ans), obligation stricte du port du casque bien ajusté, et application rigoureuse des sanctions. Deborah Friedman, directrice du service de traumatologie à Montréal, propose aussi un encadrement renforcé des détaillants, accusés de cibler les enfants via la publicité. Certains, comme elle, estiment que les projets pilotes actuels (comme celui du Québec) doivent être réévalués en urgence.
Ce que ça pourrait changer
Cette crise sanitaire pourrait accélérer des réformes réglementaires au niveau fédéral et provincial, avec un possible durcissement des normes de sécurité pour les engins de micromobilité motorisés. Les acteurs publics et privés (municipalités, fabricants, plateformes de location) pourraient être contraints de revoir leurs pratiques, sous peine de voir leur responsabilité engagée dans des accidents évitables. À plus long terme, l’enjeu dépasse la simple prévention : il interroge la place de ces dispositifs dans l’espace public et leur accessibilité aux mineurs, dans un contexte où leur usage s’est banalisé sans cadre adapté.

