Un rachat ô combien symbolique : Xavier Niel serait en passe d’absorber 60 Millions de consommateurs
La possible reprise de 60 Millions de consommateurs par Xavier Niel marque un tournant symbolique pour la presse française, où un média historique, né d’une mission de service public, bascule vers le secteur privé sous l’impulsion d’un milliardaire dont l’influence dans les médias ne cesse de s’étendre. Cette transaction, encore soumise à validation, interroge les équilibres entre indépendance éditoriale, modèle économique et concentration des pouvoirs médiatiques dans un paysage déjà dominé par des acteurs puissants.
Quels sont les acteurs en lice pour reprendre 60 Millions de consommateurs et pourquoi l’offre de Xavier Niel a-t-elle été privilégiée ?
Trois candidats s’étaient positionnés pour racheter le magazine : NJJ Médias, holding de Xavier Niel, ainsi que Que Choisir Ensemble (ex-UFC-Que Choisir). L’offre de Niel a été retenue par le liquidateur, notamment pour sa capacité à préserver l’intégralité de la rédaction, bien que des suppressions d’emplois soient prévues dans les services supports. La décision finale revient désormais au ministère du Commerce après avis du comité social et économique.
Pourquoi la liquidation de l’INC, éditeur historique de 60 Millions de consommateurs, a-t-elle ouvert la voie à cette cession au privé ?
L’État a acté la liquidation progressive de l’Institut national de la consommation (INC), éditeur du magazine depuis 1966, dans un contexte de difficultés financières et d’arbitrages budgétaires. Cette décision a contraint à une cession du titre, mettant fin à un modèle éditorial fondé sur l’absence de publicité et une mission de contre-pouvoir face aux industriels.
Quels sont les enjeux symboliques et économiques liés à cette acquisition pour Xavier Niel ?
Cette reprise s’inscrit dans une stratégie d’élargissement du pôle média de Niel, déjà propriétaire de Nice-Matin, partenaire de Mediawan et ancien actionnaire du Monde. Elle renforce aussi son influence dans un secteur en crise, tout en soulevant des questions sur l’indépendance éditoriale d’un média autrefois garanti par un statut public, désormais soumis aux logiques du marché.
Ce que ça pourrait changer
Cette acquisition pourrait accélérer la concentration des médias entre les mains d’une poignée d’acteurs privés, avec des risques pour la diversité des voix et l’impartialité de l’information. Elle pose aussi la question de la survie d’un modèle éditorial fondé sur l’investigation sans publicité, dans un contexte où les financements publics se raréfient. Enfin, elle illustre la porosité croissante entre les secteurs des télécoms, de la tech et des médias, sous l’égide de milliardaires aux intérêts multiples.

