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SOCIÉTÉ

Les fientes de manchots deviennent roses, et c'est plus grave que ça en a l'air

Source unique·27 sept.

L’observation des fientes de manchots Adélie depuis l’espace révèle une transformation écologique aussi spectaculaire que préoccupante. En analysant la couleur de leur guano, des chercheurs ont pu cartographier l’évolution de leur régime alimentaire, directement lié à la fonte accélérée de la banquise antarctique. Cette étude, combinant imagerie satellite et analyses de terrain, met en lumière un déséquilibre croissant dans les réseaux trophiques marins, avec des conséquences immédiates sur la survie de ces oiseaux emblématiques et, plus largement, sur l’équilibre des écosystèmes polaires.

Pourquoi la couleur du guano des manchots Adélie change-t-elle et que révèle-t-elle ?

La teinte rosée de leurs excréments provient de la consommation de krill, un petit crustacé dont l’exosquelette rose n’est pas entièrement digéré. En analysant cette couleur à partir d’images satellite remontant jusqu’aux années 1980, les chercheurs ont pu déterminer que les manchots se nourrissent davantage de krill lorsque la banquise est moins abondante, et de poissons lorsque la glace de mer est plus présente. Cette méthode permet de suivre indirectement les variations de leur régime alimentaire, lui-même indicateur des bouleversements environnementaux en Antarctique.

Quels sont les liens entre la fonte de la banquise et la survie des manchots Adélie ?

La réduction de la banquise depuis les années 2010 limite l’accès des manchots aux poissons, une ressource plus nutritive que le krill pour leurs poussins. Ces derniers, moins bien nourris, ont moins de chances de survivre jusqu’à l’âge adulte, ce qui explique le déclin des colonies dans les zones où le poisson se raréfie. À l’inverse, les populations stables ou en croissance sont celles qui parviennent encore à se nourrir principalement de poissons, malgré les pressions croissantes.

Qui sont les acteurs concurrents des manchots Adélie dans l’océan Austral ?

Les baleines à fanons, dont les populations ont augmenté depuis la fin de la chasse commerciale, se nourrissent principalement de krill, tout comme les manchots. Les manchots papous étendent aussi leur aire de répartition vers le sud, augmentant la compétition pour les ressources. Enfin, les chalutiers industriels prélèvent d’importantes quantités de krill pour l’alimentation humaine et animale, exerçant une pression supplémentaire sur les écosystèmes marins.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude illustre comment les outils satellitaires peuvent révolutionner la surveillance des écosystèmes polaires, en offrant une vision à grande échelle des dynamiques trophiques. À l’avenir, ces méthodes pourraient aider à anticiper les impacts du changement climatique sur les espèces marines, tout en soulignant l’urgence de réguler les activités humaines en Antarctique pour préserver les équilibres naturels. La dégradation des réseaux trophiques antarctiques pourrait aussi servir d’avertissement pour d’autres régions polaires, où des mécanismes similaires sont à l’œuvre.

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