Les priorités autochtones, aussi fondamentales qu’invisibles dans la campagne
Alors que la campagne électorale québécoise se structure autour de thèmes universels comme l’économie ou le logement, les enjeux autochtones peinent à émerger, malgré leur centralité pour l’avenir du Québec. Ce silence stratégique, motivé par un calcul électoral à court terme, révèle une contradiction profonde : comment gouverner un territoire sans intégrer les priorités de ceux qui en sont les premiers stewards ? Les communautés autochtones, bien que touchées par les mêmes crises que le reste de la population, voient leurs revendications systématiquement reléguées à l’arrière-plan, au risque d’aggraver les inégalités structurelles.
Pourquoi les partis politiques québécois négligent-ils les revendications autochtones dans leur programme électoral ?
Les dirigeants autochtones, comme Francis Verreault-Paul (APNQL) et Tanya Sirois (RCAAQ), pointent du doigt le faible poids démographique et électoral des peuples autochtones au Québec comme explication principale. Cette marginalisation stratégique s’explique aussi par une logique de court terme : les partis privilégient les thématiques perçues comme mobilisatrices pour une majorité d’électeurs, reléguant les questions autochtones à un statut de variable d’ajustement, sauf en période de crise.
Quels sont les domaines où les inégalités entre Autochtones et Québécois non autochtones sont les plus criantes ?
Les deux intervenants soulignent que les crises structurelles — logement, itinérance, éducation, coût de la vie — frappent les communautés autochtones avec une intensité comparable à celle du reste de la population, mais sans bénéficier des mêmes réponses politiques. Tanya Sirois insiste particulièrement sur la santé, le bien-être et l’accès aux services publics, tandis que Francis Verreault-Paul met en avant l’éducation comme colonne vertébrale des inégalités, incluant la revitalisation des langues et des cultures autochtones.
Quels mécanismes concrets pourraient améliorer la représentation des enjeux autochtones dans les politiques publiques québécoises ?
Les acteurs autochtones proposent deux pistes : d’abord, une pérennisation du financement des services dédiés, comme les cliniques de santé autochtones, pour éviter que ces initiatives ne dépendent des fluctuations politiques. Ensuite, une intégration systématique des priorités autochtones dans les programmes électoraux, notamment via des engagements concrets en matière d’éducation, de protection de la jeunesse et d’accès aux services publics, plutôt que de les cantonner à des réponses ponctuelles en cas de crise.
En quoi l’économie québécoise dépend-elle directement d’un partenariat avec les Premières Nations ?
Francis Verreault-Paul rappelle que le développement des ressources naturelles et l’exploitation des territoires, piliers de l’économie québécoise, nécessitent un partenariat direct avec les Premières Nations. Ces dernières, en tant que gardiennes de vastes espaces, détiennent un pouvoir de blocage ou de légitimation sur des projets majeurs. Ignorer cette réalité revient à hypothéquer la stabilité économique future du Québec.
Ce que ça pourrait changer
Si la campagne électorale québécoise persiste à ignorer les priorités autochtones, le risque est double : d’abord, une aggravation des inégalités sociales déjà criantes, qui pourrait alimenter des tensions durables. Ensuite, une perte d’opportunités économiques pour le Québec, qui se priverait d’un levier stratégique dans la gestion des ressources et des territoires. À l’inverse, une intégration proactive de ces enjeux pourrait renforcer la cohésion sociale et la résilience du territoire.

