Compte à rebours pour sauver les témoignages des anciens pensionnaires
La destruction imminente des témoignages de survivants des pensionnats autochtones, prévue pour septembre 2027, soulève une question cruciale : comment concilier le respect de la confidentialité promise avec la nécessité de préserver une mémoire collective essentielle à la réconciliation ? Face à une décision judiciaire et à l’inaction des institutions, un projet citoyen tente de sauver ces archives avant qu’elles ne disparaissent, révélant les failles d’un système qui a longtemps nié la vérité historique.
Pourquoi les témoignages des survivants des pensionnats autochtones risquent-ils d’être détruits ?
Ces témoignages, recueillis dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI) entre 2007 et 2012, devaient être détruits 15 ans après la fin du processus, soit à partir du 19 septembre 2027. La Cour suprême a confirmé cette obligation, estimant que la confidentialité avait été promise aux survivants tout au long du processus, malgré les vœux contraires du gouvernement et de la Commission de vérité et réconciliation.
Qui porte le projet de sauvegarde de ces archives et quels documents vise-t-il ?
Le projet Indian Residential School Records (Archives des pensionnats autochtones) est porté par la journaliste Connie Walker, elle-même fille de survivant, et l’avocate mohawk Kimberly Murray. Il s’agit de récupérer les dossiers judiciaires antérieurs à 2006, contenant des poursuites, des témoignages et des rapports d’experts, afin de documenter les abus spécifiques à chaque établissement, comme ceux du pensionnat St. Michael’s où 485 poursuites révèlent plus de 200 allégations d’abus sexuels.
Quelles sont les conséquences concrètes de la destruction de ces archives pour les survivants et leurs familles ?
Outre la perte d’une preuve historique des crimes commis, cette destruction prive les familles de repères sur le sort réservé à leurs proches disparus, notamment des enfants portés disparus dont les dossiers pourraient contenir des indices sur leur inhumation. De plus, elle efface des éléments clés pour comprendre l’ampleur des sévices, comme les expériences médicales subies ou l’identité des responsables, alors que la négation de ces crimes s’amplifie.
Pourquoi seulement une centaine de survivants ont-ils demandé à conserver leur témoignage ?
L’article souligne un manque criant d’information : de nombreux survivants ignorent qu’ils pouvaient archiver leur témoignage ou que celui-ci serait détruit. Aucune disposition n’autorise non plus les familles à conserver les dossiers des défunts, laissant une majorité dans l’ignorance des démarches à entreprendre pour préserver cette mémoire.
Ce que ça pourrait changer
La destruction de ces archives risquerait d’entériner une version édulcorée de l’histoire des pensionnats autochtones, où les responsabilités individuelles et institutionnelles seraient diluées dans le silence. À l’inverse, leur préservation pourrait renforcer les revendications de justice et de réparation, tout en offrant aux survivants et à leurs descendants un outil pour reconstruire une vérité longtemps étouffée. La bataille autour de ces documents interroge aussi la capacité des institutions à assumer un passé colonial dont les conséquences se perpétuent aujourd’hui.

