Maisons d’artiste : pour une histoire de l’art au présent 2/5 : Studio Frank Horvat à Boulogne-Billancourt : dialogues par-delà l'objectif
Le Studio Frank Horvat à Boulogne-Billancourt, lieu de préservation d’un héritage photographique majeur, devient un laboratoire d’expérimentations contemporaines. Par le dispositif Dialogue, sa fille Fiammetta Horvat réactive les archives de son père en invitant des artistes à les réinterpréter, transformant ainsi une mémoire statique en un dialogue vivant avec l’art actuel. Cette initiative interroge la transmission des œuvres et la réinvention des héritages artistiques à l’ère de la postérité.
Comment le dispositif Dialogue fonctionne-t-il et en quoi rompt-il avec une approche patrimoniale classique ?
Le dispositif Dialogue consiste à inviter un·e artiste à séjourner dans le Studio Horvat pour explorer les archives du photographe, sans contrainte de respect ou de fidélité à son œuvre. Fiammetta Horvat insiste sur son caractère anti-patrimonial, privilégiant des rencontres libres et des réinterprétations subjectives plutôt qu’une conservation passive. Depuis 2021, six artistes ont participé, chacun·e s’emparant d’une facette méconnue de Frank Horvat, comme son travail de photo-reporter ou son rapport à la lumière.
Quels éléments des archives de Frank Horvat ont particulièrement inspiré les artistes invités ?
Les artistes se sont saisis de fragments variés de l’œuvre de Horvat, comme ses négatifs de Pigalle ou ses images de la gare Saint-Lazare. Jennifer Douzenel, par exemple, a disséqué une photographie de 1959 en superposant des tirages pour révéler la structure de l’obturateur, créant un dialogue visuel avec la maîtrise de la lumière par Horvat. D’autres ont exploré son Studio idéal, conçu pour sculpter la lumière, ou ses archives de mode.
Pourquoi Frank Horvat lui-même aurait-il pu apprécier ce dispositif Dialogue ?
Sa fille souligne que Frank Horvat, défini comme un outsider curieux et distant, aurait probablement apprécié cette approche one-to-one, loin des groupes. Bien qu’il ait été méthodique dans l’organisation de ses archives, son goût pour les échanges individuels et son refus des conventions artistiques cadrent avec l’esprit du dispositif. Le mot dialogue reflète aussi sa vision de la photographie comme un art relationnel, où l’image est un échange entre le photographe et son sujet.
Quel rôle joue le Studio Horvat comme espace de création et non de simple conservation ?
Le Studio, avec son Studio idéal conçu pour maîtriser la lumière, est avant tout un lieu de production d’images plutôt que d’exposition. Les artistes invités y expérimentent, comme Jennifer Douzenel qui a utilisé la sérigraphie sur verre dans la verrière pour dialoguer avec les archives. Ce cadre impose une réflexion sur la matérialité de la photographie et la manière dont les œuvres dialoguent avec leur environnement.
Ce que ça pourrait changer
Ce dispositif pourrait inspirer d’autres lieux de conservation à repenser leur rôle, passant d’une logique de préservation à une dynamique de réactivation des archives par la création contemporaine. Il pose aussi la question de la légitimité des héritiers dans la réinterprétation des œuvres, entre respect et subversion. Enfin, il interroge la place des maisons d’artistes comme espaces de médiation active, au-delà de leur fonction muséale traditionnelle.

