Après l’été caniculaire, comment faire le deuil d'une nature qui n'est plus ?
L’été 2026, marqué par des canicules et des écosystèmes en crise, révèle une rupture anthropologique : celle de la perte d’un monde naturel familier. Comment appréhender ce deuil collectif, entre sidération et appel à l’action, alors que les modèles philosophiques traditionnels peinent à saisir l’ampleur de la transformation en cours ? L’article interroge la capacité de l’humain à intégrer cette fin du monde connu comme un seuil plutôt qu’une fatalité, en s’appuyant sur des penseurs comme Aldo Leopold ou David Abram pour esquisser une éthique de l’acceptation lucide.
Pourquoi Jean-Marc Jancovici parle-t-il de deuil collectif à propos de l’été 2026 ?
L’ingénieur et fondateur du Shift Project décrit un processus de deuil non pas centré sur la disparition d’espèces isolées, mais sur la fin d’un rapport au monde — un écosystème de perceptions, de sons et de relations que l’humain avait intériorisées comme immuables. Ce deuil touche à l’effondrement d’un monde facile, celui où la nature était perçue comme un arrière-plan stable, et non comme un système en mutation accélérée dont les humains dépendent.
Quelles étapes du deuil, selon Elisabeth Kübler-Ross, pourraient s’appliquer à la crise écologique actuelle ?
La psychiatre a théorisé cinq phases : déni, colère, marchandage, dépression et acceptation. L’article situe l’humanité entre le déni et la colère face à l’environnement, avec une lenteur collective à passer à l’étape suivante. La dépression, comme stade de prise de conscience des pertes irréversibles, reste un horizon lointain, tandis que l’acceptation — condition d’une action transformative — n’est pas encore généralisée.
Quel rôle jouent les philosophes Aldo Leopold et David Abram dans cette réflexion ?
Leopold, pionnier de l’éthique environnementale, invite à repenser notre lien avec la nature comme une communauté biotique plutôt qu’un réservoir de ressources. Abram, quant à lui, explore une sensibilité écologique où la perception sensorielle du monde vivant devient le socle d’une éthique renouvelée. Tous deux offrent des pistes pour dépasser le chagrin et en faire une force motrice, en réinscrivant l’humain dans un écosystème dont il fait partie intégrante.
Ce que ça pourrait changer
Ce deuil collectif pourrait soit paralyser les sociétés par un sentiment d’impuissance, soit catalyser une refonte des valeurs et des pratiques, où la puissance d’agir émerge précisément de l’acceptation de la perte. L’enjeu est de transformer une mélancolie diffuse en un projet politique et culturel, capable de redéfinir notre rapport au vivant sans tomber dans le déni ou le fatalisme. La question reste ouverte : cette crise sera-t-elle le creuset d’une nouvelle éthique, ou le symptôme d’un effondrement civilisationnel sans issue ?

