La Vérif : les salaires de la fonction publique aussi « compétitifs » que dit Fréchette?
Christine Fréchette, cheffe de la Coalition avenir Québec, affirmait récemment que les salaires de la fonction publique québécoise étaient compétitifs et attractifs. Pourtant, une analyse de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) révèle des écarts significatifs, notamment un retard salarial de 12 % par rapport aux autres travailleurs de la province. Au-delà des chiffres bruts, cette étude interroge la notion même de compétitivité dans le secteur public, où les avantages sociaux et les conditions de travail jouent un rôle clé dans l’équation.
Quels sont les écarts salariaux réels entre les fonctionnaires québécois et les autres travailleurs, selon l’ISQ ?
L’ISQ constate un retard salarial de 12 % pour les employés de la fonction publique provinciale par rapport aux autres salariés québécois. Cet écart atteint 29 % pour les ouvriers de l’État, tandis que la rémunération globale (incluant avantages sociaux et heures travaillées) reste inférieure de 3,2 %. À l’inverse, comparés au secteur privé, les fonctionnaires gagnent 4,5 % de plus en rémunération globale, mais 8,6 % de moins en salaire brut.
Pourquoi les comparaisons entre secteur public et privé doivent-elles intégrer la rémunération globale plutôt que le seul salaire ?
Parce que le secteur public québécois offre des avantages sociaux, des retraites et une semaine de travail plus courte (35,8 heures en moyenne contre 37,3 heures dans le privé). Ces éléments réduisent l’écart salarial brut de 8,6 % à un avantage de 4,5 % en rémunération globale. L’étude de l’ISQ montre ainsi que les conditions de travail et les avantages non financiers atténuent, voire inversent, les différences de salaire.
Comment se positionne la fonction publique québécoise face aux autres administrations publiques au Canada ?
Les fonctionnaires québécois sont moins bien lotis que ceux des autres secteurs publics : ils gagnent 28 % de moins que les employés municipaux, 13 % de moins que ceux du fédéral, et près de 18 % de moins que l’ensemble des autres administrations publiques (municipal, fédéral, entreprises publiques, universitaire). Ces écarts persistent malgré la majoration de 2,6 % prévue dans les conventions collectives 2023-2028.
Ce que ça pourrait changer
Ces écarts pourraient alimenter les tensions lors des prochaines négociations collectives, surtout si la CAQ maintient sa rhétorique sur la compétitivité des salaires publics. Ils soulèvent aussi des questions sur l’attractivité du secteur public québécois, déjà confronté à des pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers. Enfin, cette étude met en lumière les limites des comparaisons salariales entre secteurs, où les conditions globales d’emploi jouent un rôle aussi déterminant que le salaire brut.

