L’ancienne usine coiffée d’une petite maison rose menace de s’effondrer, selon un rapport
La dégradation avancée d’un édifice emblématique de Montréal, l’ancienne usine Canada Malting couronnée par une maison rose, soulève une question cruciale : comment concilier préservation du patrimoine, sécurité publique et impératifs urbains ? Entre rapports d’ingénieurs alarmants, procédures administratives contestées et enjeux de réhabilitation, ce dossier cristallise les tensions entre mémoire industrielle, développement immobilier et responsabilité municipale.
Pourquoi la Ville de Montréal a-t-elle ordonné la fermeture de la rue Saint-Ambroise et quels risques encourt-elle en cas de non-intervention ?
La fermeture de la rue Saint-Ambroise a été décidée après la publication d’un rapport d’ingénieur, André Houle, qui qualifie la façade de l’usine Canada Malting de danger mortel pour les piétons en raison d’un risque d’effondrement irréversible. L’ingénieur estime qu’aucune mesure ne peut éliminer ce danger, imposant une démolition totale des sections en brique (1905) et en béton (1944) pour sécuriser le site. Un retard administratif dans la mise en œuvre de ces mesures a été pointé par l’expert, soulignant l’urgence d’agir pour éviter un accident.
Qui sont les acteurs clés de ce dossier et quelles sont leurs positions respectives ?
Le promoteur Développement La Malterie S.E.C. souhaite construire 685 logements sur le site, dont 20 % de logements sociaux, tout en conservant la maison rose et en redonnant accès au canal de Lachine. La mairesse de l’arrondissement du Sud-Ouest, Véronique Fournier, a exigé une contre-expertise pour confirmer la nécessité de la démolition, invoquant la valeur patrimoniale du site. L’arrondissement insiste sur la responsabilité du promoteur à sécuriser la zone et à communiquer avec les résidents, tandis que l’ingénieur Houle juge la démolition inévitable pour éliminer tout risque.
Quelles conditions la Ville a-t-elle posées pour le réaménagement du site, et comment le promoteur y répond-il ?
La Ville exige que le projet intègre une forte proportion de logements sociaux, améliore l’accès au canal de Lachine, et honore le patrimoine industriel du lieu. Le promoteur propose un projet incluant 685 logements (dont 20 % sociaux), des espaces communautaires, des commerces, et la préservation de la mémoire industrielle, tout en visant à redonner accès au canal. Ces propositions répondent partiellement aux exigences municipales, mais la démolition partielle reste un point de friction en raison de la valeur symbolique du bâtiment.
Quel est l’état actuel des procédures et quelles pourraient être les prochaines étapes ?
Un ordre de démolition partielle est déjà prêt si la contre-expertise, attendue sous quelques jours, le recommande. L’arrondissement a mobilisé cette expertise pour valider l’urgence de la démolition, tout en maintenant un dialogue avec le promoteur. Si la démolition est confirmée, elle devra être menée rapidement pour lever la fermeture de la rue Saint-Ambroise et éviter tout accident, mais elle pourrait aussi relancer le débat sur la préservation des vestiges industriels de Montréal.
Ce que ça pourrait changer
Ce dossier révèle les tensions entre patrimoine industriel et développement urbain, où la sécurité publique et la mémoire collective s’affrontent. Une démolition partielle pourrait accélérer le projet immobilier, mais risquerait d’alimenter les critiques sur la gestion du patrimoine à Montréal. À l’inverse, une préservation totale, même partielle, pourrait compliquer la réhabilitation et prolonger les risques pour les riverains. Ce cas illustre aussi les défis des procédures administratives face à l’urgence structurelle, avec des délais qui peuvent aggraver des situations déjà critiques.

