Les psychiatres veulent que la santé mentale soit une priorité électorale au Québec
Alors que le Québec s’apprête à entrer dans une campagne électorale provinciale marquée par des défis sociaux persistants, l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) alerte sur l’urgence de faire de la santé mentale un pilier des programmes politiques. Avec près d’un Québécois sur cinq touché par un trouble mental au cours de sa vie, et des indicateurs comme le triplement des hospitalisations pour tentatives de suicide chez les jeunes filles, l’enjeu dépasse le cadre médical pour s’imposer comme une question de société transversale, exigeant une réponse structurelle plutôt que des mesures ponctuelles.
Quelles sont les principales revendications de l’AMPQ auprès des partis politiques en vue des élections ?
L’AMPQ formule six recommandations, dont la création d’un ministre dédié à la santé mentale, des mesures de prévention ciblant l’itinérance, et un renforcement des soins préventifs à la sortie des centres jeunesse, des hôpitaux psychiatriques et des milieux carcéraux. L’association insiste aussi sur la formation accrue des professionnels et une meilleure coordination entre les acteurs du réseau psychosocial, soulignant que 50 % des consultations médicales portent désormais sur des enjeux de santé mentale.
Comment les partis politiques réagissent-ils à l’appel de l’AMPQ, et quelles propositions avancent-ils ?
Plusieurs partis ont réagi avec sensibilité, bien que leurs engagements varient. Le Parti libéral du Québec (PLQ) propose d’étendre la télémédecine pour améliorer l’accès aux soins, en insistant sur la santé mentale des jeunes. Québec solidaire mise sur la prévention et une prise en charge plus rapide, tandis que le Parti conservateur du Québec (PCQ) soutient les mesures de prévention et de télémédecine, tout en liant santé mentale et santé physique. Le Parti québécois n’a pas détaillé ses propositions, promettant des annonces lors de la campagne.
Pourquoi l’AMPQ lie-t-elle explicitement santé mentale et itinérance dans ses revendications ?
L’association souligne que les troubles de santé mentale sont l’un des principaux facteurs contribuant à la perte de logement et à l’exclusion sociale, comme en témoigne la crise de l’itinérance qui s’étend désormais au-delà de Montréal. Elle cite des organismes comme la Mission Old Brewery, partenaire dans l’élaboration des recommandations, pour appuyer l’idée que ces enjeux doivent être traités de manière intégrée, avec des mesures préventives plutôt que correctives.
Quel rôle l’AMPQ attribue-t-elle à un futur ministre de la Santé mentale, et en quoi cette proposition diffère-t-elle de l’organisation actuelle ?
La Dre Claire Gamache, présidente de l’AMPQ, insiste sur la nécessité d’un ministre doté d’une vision claire et d’un leadership transversal, capable de coordonner les actions entre les différents ministères (santé, éducation, services sociaux) et de promouvoir la prévention. Contrairement à la structure actuelle, où la santé mentale est diluée dans d’autres portefeuilles, ce ministre aurait pour mission de donner une cohérence politique et opérationnelle à un enjeu devenu systémique.
Ce que ça pourrait changer
Une priorisation électorale de la santé mentale pourrait entraîner une refonte des politiques publiques, avec des budgets dédiés et une meilleure articulation entre prévention, soins et inclusion sociale. Cependant, le risque d’un effet d’annonce persiste si les promesses ne s’accompagnent pas de mécanismes de suivi concrets, notamment pour les populations les plus vulnérables comme les jeunes ou les personnes en situation d’itinérance. La capacité des partis à dépasser les clivages partisans sur ce sujet testera leur engagement réel envers une approche préventive et systémique.

