«On a peur de ne plus avoir la même Camargue» : à Arles, 2 500 personnes réunies contre le projet de ligne à très haute tension
La mobilisation de 2 500 personnes à Arles contre le projet de ligne à très haute tension (THT) entre le Gard et les Bouches-du-Rhône révèle une fracture croissante entre les impératifs de la transition énergétique nationale et les réalités écologiques et sociales locales. En s’appuyant sur des espaces protégés comme la Camargue et des activités agricoles traditionnelles, ce conflit illustre les tensions entre une politique centralisée de « réindustrialisation verte » et les revendications d’un territoire qui craint pour son identité et son avenir.
Pourquoi le projet de ligne THT suscite-t-il une opposition aussi large et transpartisane ?
Le projet cristallise des enjeux multiples : menace sur des écosystèmes protégés (Camargue, Crau, Natura 2000), risques pour l’agriculture locale (notamment la riziculture), et défiguration d’un paysage emblématique. La mobilisation dépasse les clivages politiques, avec des élus de tous bords réunis pour la première fois, ce qui révèle une défiance envers une décision perçue comme imposée par l’État central, sans consultation suffisante des acteurs locaux.
Quelles sont les alternatives proposées par les opposants au projet aérien, et pourquoi RTE les rejette-t-il ?
Les opposants demandent l’enfouissement de la ligne, une solution présentée comme techniquement réalisable par une expertise indépendante. RTE, gestionnaire du réseau, argue que cette option serait trop coûteuse et privilégie la ligne aérienne, jugée plus « robuste ». L’autorité environnementale, dans son avis, souligne pourtant que le dossier ne compare pas suffisamment les impacts des deux solutions, laissant planer un doute sur la neutralité technique de ce choix.
Comment l’État justifie-t-il la rapidité et la simplification administrative du projet ?
Le gouvernement a évoqué la « méthode Notre-Dame » pour accélérer la procédure, une référence à une simplification des règles administratives pour des projets jugés prioritaires. Cette approche, critiquée par les opposants, vise à réduire les recours juridiques et à imposer le projet dans un délai serré, malgré les alertes environnementales et les contestations locales.
Quels sont les risques écologiques spécifiques identifiés par l’autorité environnementale concernant ce projet ?
L’autorité environnementale met en garde contre des incidences majeures sur les zones humides, au-delà des seules fondations des pylônes, ainsi que des risques de collision et d’effet barrière pour les oiseaux, notamment le Ganga cata, une espèce protégée en danger critique. Ces impacts pourraient modifier durablement l’écosystème, alors que les mesures proposées par RTE (imperméabilisation des sols) sont jugées insuffisantes.
Ce que ça pourrait changer
Ce conflit pourrait s’envenimer si la déclaration d’utilité publique est actée, risquant de transformer la mobilisation en une opposition radicale, avec des actions de blocage ou une ZAD. Il interroge aussi la cohérence des politiques publiques, où la transition énergétique se heurte à la préservation des territoires, révélant un déséquilibre entre les objectifs nationaux et les réalités locales. La capacité de l’État à concilier ces impératifs sera déterminante pour l’avenir de ce type de projets.

