Grand âge et perte d’audition : le manque de dépistage finit par coûter cher
La perte auditive liée à l’âge, souvent banalisée comme un simple effet du vieillissement, représente en réalité un enjeu sanitaire et économique majeur. Ignorée ou mal prise en charge, elle aggrave les risques de déclin cognitif, de chutes et de fragilité, tout en alourdissant les coûts des systèmes de santé. Pourtant, des solutions existent, mais leur mise en œuvre reste inégale, notamment dans les établissements médico-sociaux où les déficiences sensorielles sont pourtant fréquentes.
Quels sont les principaux risques associés à une perte auditive non traitée chez les personnes âgées ?
Une perte auditive non prise en charge chez les seniors favorise un repli social, des états dépressifs, un déclin cognitif accéléré et une augmentation des troubles de l’équilibre, avec un risque accru de chutes et d’accidents. Elle peut aussi altérer la qualité des soins en créant des malentendus dans les consignes médicales, tout en aggravant la fragilité globale de la personne.
Pourquoi la perte auditive est-elle considérée comme le premier facteur de risque modifiable de démence chez l’adulte ?
Selon la Commission Lancet 2024, la perte auditive est le premier facteur de risque modifiable de démence, avec une fraction attribuable de 7 %, au même niveau que le cholestérol LDL élevé. Chaque aggravation de 10 décibels de la perte auditive augmente de 16 % le risque de démence, et des essais cliniques comme ACHIEVE montrent qu’un appareillage auditif réduit de 48 % le déclin cognitif à trois ans chez les personnes à risque.
Quels obstacles expliquent le faible dépistage de la perte auditive en Ehpad ?
Plusieurs freins persistent : la banalisation du trouble, notamment chez les résidents polypathologiques ou cognitivement altérés, l’accès inégal aux filières audiologiques, la fatigabilité des patients, et surtout l’absence de routines institutionnelles pour un dépistage systématique. Même lorsque des protocoles existent, leur application reste irrégulière, comme le soulignent des rapports comme celui de l’IGAS en 2021.
En quoi l’appareillage auditif pourrait-il générer des économies pour le système de santé ?
Une modélisation britannique estime que la fourniture d’appareils auditifs pourrait générer des économies nettes, notamment en réduisant l’incidence de la démence et des chutes. En France, les chutes coûtent déjà 2 milliards d’euros par an à l’Assurance-maladie, et une baisse de 27 % du nombre de chutes a été observée chez les personnes appareillées dans l’essai ACHIEVE.
Ce que ça pourrait changer
Une intégration systématique du dépistage et de la prise en charge de la perte auditive dans les parcours de soins du grand âge pourrait réduire significativement les coûts sanitaires et sociaux, tout en améliorant la qualité de vie des personnes âgées. Cela implique de repenser les organisations en Ehpad, de former des référents dédiés et de faciliter l’accès aux solutions techniques, comme le recommandent déjà plusieurs rapports officiels. À l’échelle nationale, cette approche s’inscrirait dans une logique de prévention globale, notamment face à l’explosion des cas de démence.

