Pour un droit à l’opacité des artistes
La proposition d’une charte imposant aux artistes de déclarer l’origine humaine ou synthétique de leurs œuvres, portée par les sociétés de gestion collective SCAM et SACD, révèle moins une préoccupation éthique qu’une crise structurelle des modèles économiques du secteur. En exigeant une transparence unilatérale des créateurs tout en exemptant les plateformes de toute obligation similaire, cette initiative interroge les fondements mêmes de la légitimité des institutions qui prétendent réguler la création à l’ère de l’IA.
Quels sont les impératifs concrets imposés par la charte de la SCAM et de la SACD aux artistes ?
La charte exige que chaque œuvre soit déclarée soit « authentiquement humaine » soit « synthétique », avec une obligation de transparence sur les protocoles, outils et processus de production utilisés. Les artistes doivent assumer une « responsabilité individuelle » pour cette déclaration, tandis qu’un comité d’experts non défini supervise le dispositif, sans que soient précisés ni les critères de sélection de ces experts ni leurs affiliations.
Pourquoi l’auteur rejette-t-il cette charte, et quelle controverse a-t-elle suscitée ?
L’auteur a refusé de signer la charte car elle impose aux artistes une exigence de lisibilité que les plateformes ne partagent pas, tout en masquant une crise de modèle économique sous couvert d’éthique. La controverse qui a suivi a révélé des tensions autour de la légitimité des institutions à réguler la création, notamment sur la notion de « responsabilité individuelle » des auteurs, perçue comme un aveu d’impuissance des sociétés de gestion collective.
Quel rôle joue la notion de « lisibilité » dans cette charte, et pourquoi est-elle problématique ?
La « lisibilité » exigée par la charte repose sur une logique de traçabilité totale de l’origine des œuvres, comme si la création pouvait être réduite à une origine pure et identifiable. Pourtant, l’histoire de l’art montre que la création, notamment dans des médiums comme la bande dessinée ou les jeux d’attribution surréalistes, a toujours été marquée par l’opacité, l’hybridation et l’indécidabilité des processus.
Ce que ça pourrait changer
Cette charte pourrait accélérer une fragmentation des pratiques artistiques, où les créateurs seraient contraints de choisir entre une visibilité conditionnée par la transparence imposée ou une marginalisation. Elle soulève aussi la question de la légitimité des institutions à imposer des normes éthiques sans transparence sur leurs propres critères, risquant de saper la confiance dans les mécanismes de régulation du secteur.

