Selon ces scientifiques, l’Espagne et le Portugal sont en train de tourner sur eux-mêmes, voici pourquoi
La péninsule Ibérique, souvent perçue comme un bloc géologiquement stable, révèle une dynamique tectonique inattendue : une lente rotation horaire influencée par les forces asymétriques exercées par la convergence des plaques africaine et eurasienne. Cette découverte, issue d’une étude publiée dans Gondwana Research, remet en cause les modèles classiques de déformation continentale et ouvre de nouvelles perspectives pour l’évaluation des risques sismiques dans une région déjà exposée à des séismes d’origine mal identifiée.
Pourquoi la péninsule Ibérique tourne-t-elle sur elle-même au lieu de suivre le mouvement général de la plaque eurasienne ?
Contrairement à la majorité des déplacements tectoniques, où les forces se concentrent le long de failles bien définies, la péninsule Ibérique subit des contraintes réparties de manière inégale. La plaque africaine exerce une pression depuis le sud, tandis que des forces latérales, transmises par la Méditerranée occidentale, créent un couple de torsion. Ce déséquilibre fait pivoter le bloc Ibérique dans le sens des aiguilles d’une montre, sans subduction ni collision frontale classique.
Quels sont les mécanismes géologiques qui expliquent cette rotation et ses effets visibles ?
Le mouvement est principalement lié à la déformation du domaine d’Alboran, situé entre le sud de l’Espagne et le nord du Maroc. Ce domaine se déplace vers l’ouest, comprimant la croûte terrestre au sud-ouest du détroit de Gibraltar. Cette compression asymétrique génère un arc montagneux, l’Arc de Gibraltar, reliant les chaînes Bétiques et le Rif. Les séismes et déformations observés dans la région résultent de cette répartition des contraintes, souvent invisibles en surface.
Quelles limites cette étude impose-t-elle aux connaissances actuelles sur la tectonique ibérique ?
Les chercheurs soulignent que de nombreuses zones en Ibérie présentent des déformations ou des séismes sans faille visible en surface, rendant difficile l’identification des structures tectoniques actives. Cette étude propose un cadre géologique pour expliquer ces phénomènes, mais elle ne permet pas de prédire les séismes. Elle offre cependant une base pour affiner les modèles de risque sismique dans une région où les mécanismes restent mal compris.
Ce que ça pourrait changer
Cette découverte pourrait transformer l’approche des risques sismiques en Espagne et au Portugal, en permettant aux sismologues de mieux cibler les zones à risque, même en l’absence de faille apparente. À plus long terme, elle invite à réévaluer les modèles de déformation continentale dans les zones de convergence diffuse, où les forces ne s’exercent pas de manière linéaire. Enfin, elle rappelle que les mouvements tectoniques, même lents, peuvent avoir des conséquences imprévisibles sur les paysages et les infrastructures locales.

