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GÉOPOLITIQUE

Entretien : “Sous les talibans, les femmes sont tuées en toute impunité”

Source unique·il y a 10 j

Depuis le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan en août 2021, les violences faites aux femmes ont pris une dimension systémique, transformant les foyers en zones de non-droit. L’enquête conjointe du Zan Times et du Guardian révèle comment les féminicides, souvent maquillés en suicides, s’inscrivent dans un cadre légal et social favorisant l’impunité des bourreaux. Cette investigation met en lumière l’effondrement des mécanismes de protection et l’absence totale de recours pour les victimes, soulignant une stratégie délibérée de marginalisation des femmes afghanes.

Pourquoi les féminicides en Afghanistan sous le régime taliban sont-ils particulièrement difficiles à documenter ?

Le régime taliban a supprimé toute instance judiciaire dédiée aux violences faites aux femmes et interdit les foyers d’accueil, privant les victimes de tout recours. Les données officielles sont inexistantes, et les certificats de décès sont souvent falsifiés pour masquer les violences, notamment en déclarant des suicides alors que les corps présentent des signes de maltraitance. Les journalistes afghanes, contraintes à l’anonymat ou à l’exil, doivent travailler dans une clandestinité risquée pour recueillir des informations fiables.

Quels mécanismes institutionnels contribuent à l’impunité des auteurs de violences contre les femmes en Afghanistan ?

Les talibans ont aboli le ministère des Affaires féminines et démantelé les structures judiciaires spécialisées. Lorsqu’un homme est condamné pour violence conjugale, les peines sont dérisoires (par exemple, quinze jours de prison pour des fractures osseuses), tandis que les femmes ou leurs familles qui tentent de résister encourent des sanctions bien plus lourdes (trois mois d’emprisonnement). Cette asymétrie légale encourage les violences en garantissant une impunité quasi totale aux bourreaux.

Comment l’enquête du Zan Times a-t-elle pu établir des données malgré l’opacité du régime ?

L’enquête s’est appuyée sur un réseau de journalistes afghanes formées via une bourse créée en janvier 2026, leur permettant de travailler sur le terrain malgré les risques. En croisant des témoignages locaux et des articles de presse afghane, elles ont identifié 231 féminicides dans dix provinces depuis août 2021. Cette méthode collaborative, combinant travail d’investigation et recoupement de sources, a permis de contourner l’absence de statistiques officielles.

Ce que ça pourrait changer

Cette enquête révèle une stratégie délibérée de déshumanisation des femmes afghanes, où l’État non seulement tolère mais institutionnalise leur vulnérabilité. À l’échelle internationale, elle interroge l’efficacité des sanctions contre le régime taliban et la capacité des organisations humanitaires à protéger les droits fondamentaux dans un contexte de répression systémique. Pour les médias indépendants, elle souligne l’urgence de soutenir les structures clandestines de documentation, face à l’effondrement des institutions publiques.

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