La Vérif : les 100 000 logements par année de Charles Milliard défient les probabilités
Alors que la crise du logement au Québec s’aggrave, le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, propose un objectif choc : construire 100 000 logements par an, soit près de 40 % de plus que la capacité maximale estimée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Derrière cette promesse électorale se cache un pari risqué, entre défi industriel, contraintes structurelles et enjeux de rentabilité, qui interroge la crédibilité des solutions proposées face à une pénurie devenue systémique.
Pourquoi la promesse de Charles Milliard de construire 100 000 logements par an est-elle jugée irréaliste par la SCHL ?
La SCHL estime que la capacité maximale de construction au Québec, même dans son scénario le plus optimiste, se limite à une moyenne de 72 134 logements par an sur la période 2022-2030. Cet écart de près de 40 % avec l’objectif libéral s’explique par des contraintes structurelles majeures, comme la pénurie de main-d’œuvre qualifiée — estimée à 17 000 nouveaux travailleurs par an par la Commission de la construction du Québec — et la saturation des infrastructures municipales.
Quels sont les principaux freins identifiés par la SCHL pour atteindre un tel rythme de construction ?
Cinq obstacles majeurs sont pointés : la pénurie de main-d’œuvre, la capacité limitée des usines et des chaînes d’approvisionnement, la lenteur administrative et les règles de zonage restrictives, la saturation des infrastructures municipales, ainsi que les problèmes de rentabilité et de coûts de financement. Ces facteurs combinés expliquent pourquoi les mises en chantier ont chuté sous les 40 000 en 2023, malgré un pic à 68 000 en 2021.
En quoi la promesse de Charles Milliard pourrait-elle, malgré tout, répondre à un besoin réel ?
La SCHL souligne que le Québec aurait besoin d’environ 95 000 logements par an pour retrouver un niveau d’abordabilité comparable à la période prépandémique. L’objectif de 100 000 logements annuel, bien que largement au-dessus des capacités actuelles, s’inscrit dans une logique de rattrapage face à une demande structurellement insatisfaite, même si sa faisabilité immédiate reste incertaine.
Quel rôle pourraient jouer les logements préfabriqués dans la réalisation de cet objectif ?
Le Parti libéral mise sur les bâtiments préfabriqués pour accélérer la construction, mais les données sur leur impact réel en termes de réduction des coûts ou de main-d’œuvre restent limitées. Une étude citée par la SCHL indique que cette méthode n’est pas un gage absolu de gains de productivité, laissant planer un doute sur son efficacité pour combler l’écart entre l’offre et la demande.
Ce que ça pourrait changer
Si la promesse de Charles Milliard était partiellement mise en œuvre, elle pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix du logement, mais au prix d’un endettement public accru et d’une dépendance accrue aux subventions. À l’inverse, son échec à atteindre l’objectif risquerait d’aggraver la crise sociale et de discréditer les politiques de logement, déjà critiquées pour leur manque de réalisme. La crédibilité du PLQ pourrait aussi être affectée, surtout si les solutions proposées (comme les logements préfabriqués) s’avèrent insuffisantes ou mal adaptées aux contraintes locales.

