Afghanistan : la faim atteint des records, les droits humains reculent
L’Afghanistan cumule aujourd’hui deux crises majeures : une insécurité alimentaire record, aggravée par un hiver imminent, et un recul systématique des droits humains sous l’autorité des talibans. Derrière ces chiffres se cache une stratégie de contrôle social qui, en ciblant particulièrement les femmes et les filles, aggrave les vulnérabilités économiques et sociales d’une population déjà exsangue. La conjonction de ces dynamiques dessine un scénario où l’urgence humanitaire et la répression politique s’alimentent mutuellement, menaçant la stabilité à long terme du pays.
Pourquoi la crise alimentaire en Afghanistan s’aggrave-t-elle malgré une légère amélioration de la production agricole ?
La baisse de l’aide humanitaire et les restrictions économiques persistantes limitent la capacité des ménages à accéder aux denrées, même lorsque celles-ci sont disponibles. Les épidémies, les pénuries d’eau et la dégradation des services de nutrition transforment cette disponibilité en une insécurité alimentaire structurelle, où les populations ne peuvent plus se nourrir durablement.
Quelles populations sont les plus exposées aux risques de malnutrition aiguë et pourquoi ?
Les enfants de moins de cinq ans sont les plus vulnérables, avec 4,04 millions d’entre eux estimés en besoin de traitement contre la malnutrition aiguë entre janvier et décembre 2027. Leur exposition s’explique par l’effondrement des services de santé, la pauvreté des ménages et l’absence de filets de sécurité sociaux, qui les rendent dépendants de l’aide extérieure.
Quels mécanismes de répression les talibans utilisent-ils pour contrôler les femmes et les filles en Afghanistan ?
Les talibans imposent des restrictions progressives et systématiques : exclusion des filles de l’enseignement secondaire, interdiction d’accès aux services publics sans mahram (tuteur masculin), arrestations arbitraires pour des infractions vestimentaires ou comportementales, et châtiments corporels publics. Ces mesures visent à éradiquer toute autonomie féminine, tout en renforçant un contrôle social par la peur.
Quel rôle jouent les violences transfrontalières dans l’aggravation de la crise humanitaire ?
Les frappes aériennes et les combats transfrontaliers, notamment entre l’Afghanistan et le Pakistan, ont causé 512 morts et 1 236 blessés civils depuis octobre 2025. Ces violences déplacent les populations, détruisent les infrastructures et aggravent l’insécurité alimentaire, tout en limitant l’accès des organisations humanitaires aux zones touchées.
Ce que ça pourrait changer
Sans une réponse humanitaire et politique urgente, l’hiver 2026-2027 pourrait devenir un point de non-retour pour des millions d’Afghans, avec des conséquences durables sur la santé des enfants et la cohésion sociale. À plus long terme, la combinaison de la famine et de la répression risque de pousser une partie de la population vers l’exil ou de nourrir des tensions internes, fragilisant davantage un pays déjà en proie à l’instabilité. La communauté internationale, en maintenant ses financements et en exigeant des comptes sur les droits humains, détient une partie de la clé pour éviter le pire.

