Des figures environnementales invitent à regarder plus loin que l’urne
Alors que la campagne électorale québécoise s’achève sans que l’environnement ne soit devenu un enjeu central, des figures écologistes soulignent l’urgence de repenser l’action politique au-delà des urnes. Leur analyse révèle un décalage entre les défis climatiques pressants et l’absence de propositions ambitieuses des partis, ainsi qu’un retour préoccupant de débats sur les énergies fossiles, comme celui des gaz de schiste. Cette situation interroge la capacité des institutions à intégrer les impératifs écologiques dans leurs priorités, malgré des mobilisations citoyennes historiques.
Pourquoi les figures environnementales interrogées par Radio-Canada estiment-elles que les enjeux écologiques ont été négligés pendant la campagne électorale québécoise ?
Elles pointent un déséquilibre flagrant entre les sujets abordés — comme la réduction des fonctionnaires ou des règlements — et les défis climatiques réels. Marc-André Viau d’Équiterre note que la réduction des gaz à effet de serre n’a presque pas été évoquée, tandis que Steven Guilbeault regrette un recul environnemental, malgré des efforts limités de certains partis comme le Parti québécois ou Québec solidaire. Henri Jacob, cofondateur de l’Action boréale, y voit une stratégie politique de court terme, où le discours écologique est perçu comme « non vendeur » auprès des électeurs.
Quel rôle les gaz de schiste ont-ils joué dans le débat politique québécois, et pourquoi ce retour est-il considéré comme un recul environnemental ?
Les gaz de schiste ont refait surface dans le débat, bien que les partis favorables à leur exploitation n’aient que peu de chances de former le gouvernement. Pour Marc-André Viau, ce simple retour symbolise un recul, car il rappelle des projets controversés comme le pipeline Énergie Est, abandonné après une forte opposition citoyenne et politique. Anne-Céline Guyon et Marie-Josée Béliveau, anciennes porte-paroles de la campagne Coule pas chez nous, dénoncent une instrumentalisation du contexte géopolitique actuel pour relancer cette filière, alors que ses avantages économiques pour le Québec restent incertains.
Comment les militants écologistes perçoivent-ils l’écoanxiété et la fatigue environnementale chez les citoyens, notamment les jeunes ?
Henri Jacob, militant depuis les années 1970, observe une augmentation de l’écoanxiété, qu’il attribue à l’inaction politique face à l’urgence climatique. Pour lui, la solution réside dans l’engagement citoyen : s’impliquer et talonner les gouvernements devient un remède contre le sentiment d’impuissance. Il cite comme exemple les avancées environnementales passées, toujours obtenues grâce à la mobilisation collective, et encourage la population à ne pas relâcher la pression sur les décideurs.
Steven Guilbeault, ancien ministre de l’Environnement, défend-il encore la machine politique comme levier de changement malgré son départ du gouvernement fédéral ?
Oui, malgré son désaccord avec la nouvelle approche du gouvernement Trudeau sous Mark Carney, Guilbeault persiste à croire en la politique comme outil de transformation. Il cite des réalisations comme l’engagement de 194 pays à Montréal pour protéger 30 % de la planète, ou l’interdiction des plastiques à usage unique au Canada. Il souligne que les partis politiques respectent généralement 80 à 85 % de leurs engagements, ce qui justifie selon lui de continuer à y croire.
Ce que ça pourrait changer
Cette campagne électorale révèle un hiatus entre les défis climatiques immédiats — comme la gestion des ressources en eau ou la résilience des écosystèmes — et l’absence de débats structurants sur ces sujets. Le retour des gaz de schiste dans l’arène politique pourrait normaliser des projets énergétiques controversés, tandis que l’écoanxiété croissante chez les jeunes pourrait alimenter une radicalisation des mobilisations citoyennes. À l’issue du scrutin, le gouvernement élu devra composer avec des pressions accrues pour intégrer l’écologie dans ses priorités, sous peine de voir s’amplifier les tensions sociales autour de ces enjeux.

