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CULTURE

Adèle Haenel : « À partir de ruines, j’ai retrouvé du sens – et, de temps en temps, l’expérience d’être vivante. »

Source unique·il y a 10 j

Adèle Haenel livre dans Viser juste une réflexion sur la résilience après une violence structurelle, où l’écriture devient un acte de réappropriation de soi. À travers une structure narrative fragmentée et un humour mordant, elle interroge les mécanismes de l’invisibilisation des victimes et les limites des récits dominants, tout en esquissant une éthique de la création artistique comme espace de résistance.

Comment Adèle Haenel articule-t-elle dans son livre la disparition de soi et sa réapparition progressive ?

Elle décrit une désensibilisation née d’une violence pédocriminelle et d’un système qui impose à l’enfant une culpabilité illusoire, l’empêchant de nommer sa souffrance. La réapparition passe par une resubjectivation méthodique, notamment via le théâtre, où l’écriture elle-même devient une mise en scène de la reconstruction, entre détours narratifs et bascules entre oppression et possibilité.

Pourquoi Haenel rejette-t-elle l’autobiographie classique et privilégie-t-elle une forme dissociée pour son récit ?

Elle refuse l’autobiographie comme outil de psychanalyse ou d’exposition de soi, lui préférant une méthode de pratique de soi ancrée dans le théâtre. La structure fragmentée, avec ses scénarios et ses virages narratifs, reflète une volonté de ne pas livrer une vérité linéaire, mais de restituer une expérience où l’identité se reconstruit par fragments, sans adéquation parfaite avec la vie réelle.

Quel rôle joue l’humour dans son livre, notamment à travers la critique du cogito cartésien ?

L’humour sert à déconstruire l’arrogance des grands récits philosophiques masculins, accusés d’avoir effacé les perspectives non dominantes. En transformant le cogito en cogito du trauma, elle souligne l’absurdité d’un universalisme qui nie les expériences situées, tout en répondant à ces systèmes par une ironie qui désamorce leur pouvoir hégémonique.

Comment Haenel analyse-t-elle la violence dans son livre, au-delà des gestes spectaculaires ?

Elle met en lumière une violence liminale, silencieuse et insidieuse, qui invisibilise l’humanité des victimes bien plus qu’un acte brutal isolé. Cette violence s’incarne dans des mots, des situations, ou des langages institutionnels (comme le judiciaire) qui réduisent l’expérience vécue à des mesures techniques, effaçant ainsi la subjectivité de l’enfant agressé.

Ce que ça pourrait changer

Son récit pourrait inspirer une relecture des récits de résilience, en montrant comment la création artistique et l’écriture peuvent servir de leviers pour une justice non seulement punitive, mais aussi reconstructrice. Il invite aussi à repenser les formes d’engagement public, où la résistance ne passe pas nécessairement par la frontalité, mais par des gestes simples et collectifs, comme quitter une cérémonie.

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