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GÉOPOLITIQUE

La “goyitis”, ou pourquoi les Espagnols pensent tous avoir un Goya chez eux

Source unique·21 sept.

Le néologisme goyitis, forgé par la journaliste Sílvia Colomé pour La Vanguardia, révèle une obsession collective en Espagne : celle de voir en chaque tableau oublié une œuvre de Francisco de Goya. Ce phénomène, à la fois culturel et économique, éclaire les rapports ambivalents des Espagnols avec leur patrimoine artistique, où la figure du maître aragonais écrase ses contemporains, tout en alimentant un marché de l’art déformé par des attentes irréalistes.

Qu’est-ce que la goyitis et comment se manifeste-t-elle dans la société espagnole ?

La goyitis désigne une tendance des Espagnols à attribuer systématiquement à Francisco de Goya toute toile ancienne ou méconnue découverte dans leur propriété, souvent sans preuve tangible. Ce phénomène, qualifié de « maladie » par la presse, reflète une forme de mythe national où Goya incarne à lui seul l’excellence artistique espagnole, au point de biaiser les expertises et les transactions sur le marché de l’art.

Pourquoi les attributions à Goya sont-elles si improbables selon les experts ?

Les statistiques du Centre d’art de l’époque moderne de Lleida (Caem) sont sans appel : sur près de 40 œuvres présumées de Goya examinées ces huit dernières années, seulement trois se sont révélées authentiques. Cette rareté s’explique par la prolificité du peintre, mais aussi par la destruction ou la dispersion de nombreuses œuvres durant sa carrière, rendant les découvertes fortuites exceptionnelles.

Quel rôle joue le bicentenaire de la mort de Goya en 2028 dans l’essor de la goyitis ?

L’approche du bicentenaire de la mort de Goya (2028) risque d’amplifier le phénomène, selon La Vanguardia. Les propriétaires pourraient être incités à faire expertiser des œuvres en leur possession, alimentant ainsi une vague de fausses attributions ou de spéculations, tandis que les musées et galeries tentent de rééquilibrer la visibilité des autres artistes espagnols.

Comment l’ombre de Goya affecte-t-elle la valorisation des autres peintres espagnols de son époque ?

L’hégémonie de Goya dans l’imaginaire collectif et sur le marché de l’art relègue injustement ses contemporains, comme Luis Paret ou Francisco Bayeu, au second plan. Leurs œuvres, bien que parfois supérieures à celles de Goya dans ses débuts, voient leur valeur commerciale s’effondrer, réduisant leurs chances d’être reconnues ou exposées à leur juste mesure.

Ce que ça pourrait changer

La goyitis pourrait renforcer les inégalités structurelles du marché de l’art espagnol, où la notoriété de Goya agit comme un filtre déformant, décourageant l’étude et la promotion d’autres talents. À l’approche de 2028, une prise de conscience collective serait nécessaire pour éviter que cette obsession ne devienne un frein à la diversité culturelle et historique du patrimoine espagnol.

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