Le déclin de la recherche en français préoccupe-t-il les politiciens?
Alors que la recherche scientifique en français au Québec traverse une crise structurelle, marquée par un sous-financement chronique et une précarité croissante de la relève, l’Acfas alerte sur les risques d’un effritement durable des capacités d’innovation locales. L’enjeu dépasse la simple question linguistique : il engage la souveraineté scientifique d’une société dont le développement technologique et économique dépendrait, demain, de connaissances produites et diffusées en français. Dans un contexte électoral, les propositions de l’association soulèvent une question cruciale : les partis politiques sont-ils prêts à faire de la recherche en français une priorité stratégique, ou le déclin actuel reflète-t-il une indifférence structurelle ?
Quels sont les principaux constats de la consultation menée par l’Acfas sur la recherche en français au Québec ?
La consultation révèle un déclin préoccupant de la recherche en français, caractérisé par un sous-financement chronique, une précarité financière extrême pour les étudiants-chercheurs (notamment en maîtrise et doctorat), et une difficulté croissante à publier dans des revues savantes francophones. Plus de 80 acteurs du milieu ont participé à cette démarche, la première du genre en contexte électoral, et ont souligné l’urgence de renverser cette tendance pour préserver la capacité du Québec à produire des savoirs ancrés dans ses réalités locales.
Pourquoi la diffusion des recherches en français est-elle un enjeu économique et social pour le Québec ?
La diffusion limitée des recherches en français prive les petites et moyennes entreprises québécoises d’un accès direct aux innovations locales, ce qui freine leur développement technologique et leur compétitivité. Isabelle Lacroix, professeure à l’Université de Sherbrooke, souligne que ces entreprises dépendent des connaissances diffusées en français, souvent bien moins accessibles que les publications anglophones. Ainsi, le déclin de la recherche francophone pourrait indirectement affaiblir l’économie québécoise en limitant les retombées concrètes des découvertes scientifiques.
Quelles mesures l’Acfas propose-t-elle pour inverser la tendance, et qui est concerné par ces propositions ?
L’Acfas réclame une augmentation du financement public et des mesures incitatives pour la recherche en français, ainsi qu’une bonification des bourses pour les étudiants-chercheurs et un soutien accru aux ressources en santé mentale. Ces propositions visent directement le gouvernement québécois, dont l’Acfas attend qu’il « se saisisse du défi » lors de la campagne électorale et après l’élection du 5 octobre. Les acteurs concernés incluent les chercheurs, les universités, les entreprises locales et, in fine, l’ensemble de la société québécoise.
Quel rôle l’intelligence artificielle joue-t-elle dans ce débat, et pourquoi est-elle mentionnée par Sophie Montreuil ?
Sophie Montreuil, directrice générale de l’Acfas, utilise l’ironie pour souligner que l’intelligence artificielle, aussi avancée soit-elle, ne peut se substituer à la recherche scientifique humaine, notamment pour produire des connaissances destinées à un public francophone. L’IA peut analyser ou générer des données, mais elle ne remplace pas la capacité des chercheurs à formuler des hypothèses, à mener des expériences ou à interpréter des résultats dans une langue spécifique. Ce rappel met en lumière l’urgence de préserver les conditions de la recherche fondamentale en français.
Ce que ça pourrait changer
Si les propositions de l’Acfas ne sont pas prises au sérieux par les décideurs politiques, le Québec pourrait perdre durablement sa capacité à former et retenir des talents scientifiques, affaiblissant ainsi son autonomie intellectuelle et économique. À l’inverse, une réponse volontariste — sous forme de financements ciblés ou de politiques incitatives — pourrait relancer la recherche francophone et en faire un levier de développement durable, à condition que les mesures soient pérennes et non symboliques. Le risque, en revanche, est que ce sujet reste marginalisé dans les débats électoraux, au profit de priorités plus immédiates.

