Étrangers dans l’armée russe : de la « traite des êtres humains », dit Amnistie
Le recrutement massif d’étrangers par la Russie pour combattre en Ukraine, dénoncé par Amnistie internationale comme un système de traite des êtres humains, révèle une stratégie de guerre où la précarité économique et les promesses fallacieuses servent de levier à l’exploitation de populations vulnérables. Cette internationalisation du conflit, en ciblant des hommes de moins de 40 ans originaires du Sud global, interroge sur l’efficacité des mécanismes juridiques internationaux face à des pratiques systématiques de coercition et de tromperie.
Quels sont les deux schémas de recrutement mis en lumière par Amnistie internationale pour enrôler des étrangers dans l’armée russe ?
Le premier schéma repose sur des annonces en ligne ou le bouche-à-oreille attirant des candidats ignorants de leur future intégration aux forces armées, suivies d’une coercition (confiscation de passeport, documents incompréhensibles, formations sommaires). Le second cible des étrangers déjà présents en Russie, souvent en situation irrégulière, auxquels on promet une régularisation ou un passeport en échange de leur enrôlement.
Pourquoi Amnistie internationale qualifie-t-elle ce recrutement de crime de traite des êtres humains selon le droit international ?
L’ONG s’appuie sur l’article 3 du protocole de Palerme, qui définit la traite comme un transfert de personnes combiné à des moyens coercitifs, des fausses promesses, de la violence et une exploitation. Les témoignages recueillis (passeports confisqués, contrats incompréhensibles, manque d’équipement) illustrent ces critères, notamment la situation d’exploitation des recrues.
Quels pays sont les plus représentés parmi les prisonniers de guerre étrangers ayant combattu pour la Russie, selon l’enquête d’Amnistie ?
Les entretiens menés par Amnistie concernent des prisonniers originaires du Brésil, de Colombie, de Cuba, d’Égypte, de Sierra Leone, du Sri Lanka, de Somalie et d’Afrique du Sud. L’Ukraine évoque quant à elle plus de 28 000 ressortissants de 136 pays, auxquels s’ajouteraient environ 14 000 soldats nord-coréens.
Pourquoi l’Ukraine n’a-t-elle pas encore mis en place de mécanisme pour identifier les victimes de traite parmi les prisonniers de guerre étrangers ?
Amnistie internationale souligne que Kiev n’a pas fait de cette enquête une priorité, malgré les appels à recueillir des preuves pour poursuivre les responsables. L’ONG y voit une opportunité pour l’Ukraine de démontrer une approche distincte de celle de la Russie, mais aussi un manque de moyens ou de volonté politique pour documenter ces cas.
Ce que ça pourrait changer
Ce rapport pourrait accélérer les pressions diplomatiques et juridiques contre la Russie, notamment via des plaintes devant la Cour pénale internationale, tandis que l’Ukraine se trouve dans une position délicate : documenter ces crimes sans être perçue comme complice des pratiques russes. À plus long terme, cette affaire interroge la capacité des États à protéger leurs ressortissants des zones grises des conflits modernes, où la précarité économique devient un outil de recrutement. Enfin, elle met en lumière l’urgence d’harmoniser les réponses internationales face à la traite en contexte de guerre, un phénomène en expansion.

