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CULTURE

Jeanne Herry, réalisatrice de "Garance", un film en état d'ivresse

Source unique·il y a 2 h

Avec Garance, Jeanne Herry signe un film audacieux qui explore l'alcoolisme féminin à travers le parcours d'une jeune comédienne, interprété par Adèle Exarchopoulos. Ce quatrième long-métrage de la réalisatrice, après des succès comme Pupille ou Je verrai toujours vos visages, s'attaque à un sujet rarement traité au cinéma avec une telle intensité, mêlant réalisme social et introspection psychologique. En choisissant de suivre cette addiction sur huit années, Herry interroge moins la morale que les mécanismes intimes d'une dépendance qui ronge, y compris dans les milieux artistiques où l'image de soi est souvent un rempart fragile.

Qu'est-ce qui distingue Garance des précédents films de Jeanne Herry, notamment dans le traitement de son sujet ?

Garance marque un tournant dans l'œuvre de Jeanne Herry par son ancrage dans une addiction spécifique — l'alcoolisme féminin — et par sa durée narrative, qui couvre huit années de la vie du personnage. Contrairement à Pupille (l'adoption) ou Je verrai toujours vos visages (la justice restaurative), le film délaisse les institutions pour se concentrer sur une lutte intime, où la comédienne incarnée par Adèle Exarchopoulos tente de se reconstruire dans un milieu où la performance et l'apparence sont souvent des pièges. Herry y explore ainsi les rouages d'une dépendance qui s'installe progressivement, sans jamais tomber dans le misérabilisme ou le jugement moralisateur.

Pourquoi le choix d'Adèle Exarchopoulos comme actrice principale est-il significatif dans ce projet ?

Adèle Exarchopoulos incarne ici une figure de la vulnérabilité assumée, après des rôles qui l'ont déjà propulsée comme une actrice capable de porter des personnages complexes et émotionnellement intenses. Son interprétation dans Garance repose sur une proximité avec le public : son visage, souvent associé à des rôles de femmes fortes ou déterminées, se confronte ici à une fragilité qui questionne les attentes liées à son image publique. Herry mise sur cette dualité pour ancrer le film dans une réalité où l'alcoolisme ne se réduit pas à un cliché, mais devient le symptôme d'une société qui idéalise la maîtrise de soi, même dans les milieux artistiques.

Quel est l'enjeu de représenter l'alcoolisme féminin au cinéma aujourd'hui ?

Représenter l'alcoolisme féminin à l'écran, surtout dans un registre aussi intime que celui de Garance, répond à un double impératif : combler un vide dans la filmographie contemporaine, où les addictions féminines sont souvent reléguées à des rôles secondaires ou stéréotypés, et déconstruire les préjugés persistants. Herry choisit de montrer les mécanismes de l'ivresse non comme une chute spectaculaire, mais comme une lente érosion de l'identité, où la honte et la culpabilité jouent un rôle aussi destructeur que l'alcool lui-même. Ce choix s'inscrit dans une volonté de donner une visibilité à des réalités souvent invisibilisées, y compris dans les milieux culturels où l'on s'attend à une forme de contrôle permanent.

Ce que ça pourrait changer

Ce film pourrait contribuer à normaliser les discussions autour des addictions féminines, en les sortant du cadre moral ou pathologisant pour en faire un sujet de société à part entière. Il interroge aussi la responsabilité des milieux artistiques, souvent perçus comme des espaces de liberté, mais où les pressions professionnelles et sociales peuvent aggraver les vulnérabilités. Enfin, Garance pourrait inspirer d'autres créateurs à explorer des thèmes similaires avec la même rigueur, en évitant les écueils du voyeurisme ou de la simplification.

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