Premiers romans : une affaires de regards, avec Victoria Kaario et Sam Bouffandeau
Les premiers romans de Victoria Kaario et Sam Bouffandeau explorent les failles de la mémoire familiale à travers des récits où le regard et l’absence deviennent des moteurs narratifs. En interrogeant les silences du passé, ces œuvres révèlent comment la fragilité physique ou symbolique peut ouvrir des brèches dans l’histoire intime, transformant l’héritage en un terrain d’enquête et de reconstruction.
Comment le strabisme intermittent de la narratrice dans le roman de Victoria Kaario influence-t-il la structure du récit ?
Le strabisme intermittent, vécu depuis l’enfance, sert de métaphore à une vision dédoublée du passé familial. Il pousse la narratrice à scruter les angles morts de son histoire, révélant que les failles visuelles peuvent aussi être des failles mémorielles, où le regard se heurte à des zones d’ombre que la fiction tente de reconstituer.
Quelle est la fonction narrative de la crémation de la grand-mère dans le roman de Sam Bouffandeau ?
La crémation agit comme un déclencheur symbolique, forçant le narrateur à affronter une mémoire familiale opaque. Ce rituel de dissolution matérielle reflète une quête de sens où l’effacement physique interroge la persistance des souvenirs, transformant un événement banal en une métaphore de l’érosion du temps et des non-dits.
En quoi ces deux romans s’inscrivent-ils dans une réflexion plus large sur la transmission intergénérationnelle ?
Ils interrogent les mécanismes de la transmission à travers des récits où l’héritage n’est pas une donnée stable, mais un puzzle dont les pièces manquent. Que ce soit par le biais d’un handicap visuel ou d’un rituel funéraire, les auteurs montrent comment la mémoire se construit autant par ce qui est dit que par ce qui est tu.
Ce que ça pourrait changer
Ces œuvres pourraient contribuer à une remise en question des récits familiaux traditionnels, où l’absence de détails ou les contradictions deviennent des espaces de création littéraire plutôt que des obstacles. Elles invitent aussi à repenser la place du corps et de la sensorialité dans l’écriture de soi, ouvrant la voie à des explorations plus inclusives des récits intimes.

