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L’économie selon l’extrême droite : des positions fluctuantes, une préférence nationale immuable

Source unique·il y a 6 j

L’économie des partis d’extrême droite en Europe oscille entre libéralisme et interventionnisme, brouillant les repères classiques gauche-droite. Pourtant, derrière ces variations se cache une constante : la préférence nationale, qui redéfinit les frontières de la solidarité et de la responsabilité économique. Une analyse des discours du RN, de la Lega, du Vlaams Belang et du PVV révèle comment ces formations instrumentalisent l’économie pour légitimer une vision ethnique de la redistribution, là où les sociaux-démocrates ont parfois contribué à normaliser ces cadrages.

Pourquoi les partis d’extrême droite changent-ils si souvent de positions économiques sans que cela remette en cause leur cohérence idéologique ?

Leurs variations s’expliquent par des cadrages stables qui relient des mesures apparemment contradictoires. Ces partis définissent toujours les ressources économiques et la protection sociale comme devant bénéficier en priorité aux membres de la communauté nationale, selon trois logiques : le chauvinisme économique (frontières de la solidarité), le producérisme (valorisation des travailleurs nationaux) et le populisme (désignation des élites comme responsables des difficultés). Ainsi, une baisse d’impôts peut être présentée comme une récompense du travail national, tandis qu’une nationalisation vise à protéger les entreprises françaises — deux mesures opposées sur l’axe marché-État, mais unifiées par la même logique de préférence nationale.

Quel rôle jouent les sociaux-démocrates dans la légitimation des idées économiques de l’extrême droite ?

Les gouvernements sociaux-démocrates en Europe, depuis les années 1980, ont parfois restreint les droits sociaux des immigrés, notamment en période de chômage accru. Cette convergence partielle avec les cadrages de l’extrême droite (réserver les prestations aux nationaux) contribue à normaliser leur discours, même lorsque ces partis ne sont pas au pouvoir. Une étude couvrant 14 pays européens entre 1980 et 2018 montre que les sociaux-démocrates réduisent plus volontiers les droits sociaux des immigrés quand le chômage augmente, brouillant ainsi les lignes entre leurs positions et celles de l’extrême droite.

Peut-on considérer le RN ou la Lega comme des partis de gauche sur le plan économique, simplement parce qu’ils défendent parfois des mesures interventionnistes ?

Non, car leur interventionnisme reste subordonné à une logique ethno-nationaliste. Contrairement à la gauche, qui base la redistribution sur les inégalités sociales et une conception universaliste des droits, l’extrême droite réserve la protection sociale aux nationaux, voire aux seuls « méritants » parmi eux. Ainsi, même lorsque le RN ou la Lega prônent des nationalisations ou des dépenses sociales, ces mesures visent avant tout à protéger les entreprises et travailleurs français ou italiens, excluant de facto les immigrés, y compris ceux qui cotisent.

Quels exemples récents illustrent cette combinaison de libéralisme et de protectionnisme national chez les partis d’extrême droite au pouvoir ?

Les mandats de Giorgia Meloni en Italie et de Donald Trump aux États-Unis offrent des cas emblématiques. Meloni a combiné baisses d’impôts, restrictions de certaines prestations sociales et protectionnisme commercial, tandis que Trump a réduit les impôts tout en instaurant des tarifs douaniers et en limitant l’accès à certaines aides pour les immigrés. Dans les deux cas, ces politiques, contradictoires au regard de l’opposition classique marché-État, s’articulent autour d’un même cadrage : la priorité absolue donnée aux nationaux, perçus comme les seuls légitimes bénéficiaires des ressources collectives.

Ce que ça pourrait changer

Cette analyse révèle comment l’extrême droite utilise l’économie comme un levier pour imposer une vision ethnique de la solidarité, là où les clivages traditionnels gauche-droite s’estompent. À l’ère des crises économiques et des tensions migratoires, cette stratégie pourrait renforcer l’ancrage de ces partis dans le paysage politique, d’autant que des partis centristes ou sociaux-démocrates en reprennent parfois les cadrages. La normalisation de ces discours pose un défi démocratique : comment concilier souveraineté économique et universalisme social sans tomber dans le repli identitaire ?

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