Que devient le multilatéralisme ?
À l’aube de la 81e Assemblée générale de l’ONU, le multilatéralisme semble vaciller sous le poids des crises géopolitiques et des fractures idéologiques. Entre le désengagement américain, les tensions au Moyen-Orient et l’érosion des mécanismes de coopération internationale, l’institution onusienne doit-elle désormais composer avec un monde où la puissance prime sur le dialogue ? L’édifice multilatéral, déjà fragilisé, se heurte à des réalités où les alliances se redessinent en temps réel, sous la pression des urgences économiques et sécuritaires.
Pourquoi l’Assemblée générale de l’ONU de 2026 est-elle considérée comme un moment charnière pour le multilatéralisme ?
Cette session intervient dans un contexte de grand désordre mondial, marqué par des conflits ouverts (Ukraine, Gaza, Soudan) et une défiance croissante envers les institutions internationales. Les discours attendus d’Antonio Guterres, Emmanuel Macron et Donald Trump illustrent cette tension : le premier plaide pour la préservation des mécanismes multilatéraux, le second tente de maintenir l’influence française dans ce cadre, tandis que le troisième incarne une remise en cause radicale de l’ONU, accusée d’inefficacité. La concomitance de ces prises de parole avec des crises énergétiques et sociales en Europe renforce l’enjeu de cette assemblée.
Quels acteurs internationaux redéfinissent aujourd’hui les équilibres du multilatéralisme, et comment ?
Le multilatéralisme traditionnel, incarné par l’ONU, est concurrencé par des dynamiques bilatérales ou régionales. Le G7, notamment via le Royaume-Uni et la France, affiche un soutien actif à l’Arabie saoudite et au Yémen, illustrant une approche pragmatique où les alliances stratégiques priment sur les principes universels. Par ailleurs, l’UE, sous l’impulsion de Macron, cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques en contournant partiellement les normes européennes, révélant une adaptation contrainte du multilatéralisme aux réalités géoéconomiques.
Quels sont les principaux défis économiques et sociaux qui pèsent sur la crédibilité des institutions multilatérales ?
La flambée des prix des carburants, couplée à une inflation persistante, exacerbe les tensions sociales en Europe et menace la stabilité des États. Face à cette crise, les gouvernements nationaux, comme la France, déploient des mesures d’urgence (aides ciblées, assouplissement des normes) qui révèlent les limites des réponses multilatérales. La Cour des comptes, quant à elle, pointe la nécessité de réformes structurelles (réduction des avantages fiscaux, limitation des dépenses publiques) pour préserver la cohésion sociale, mais ces propositions risquent d’être perçues comme des reculs démocratiques dans un contexte de défiance généralisée.
Quel rôle joue le multilatéralisme dans la gestion des conflits actuels, comme celui opposant Israël à l’Iran ?
L’ONU, en tant qu’arène diplomatique, reste un théâtre où s’expriment les positions, mais son efficacité est mise en doute face à des conflits où les acteurs majeurs (États-Unis, Iran, Israël) privilégient des solutions unilatérales. Donald Trump, par exemple, a lancé une action militaire contre l’Iran sans coordination internationale, tandis que l’UE tente de jouer un rôle de médiation sans pouvoir imposer de cessez-le-feu durable. Le multilatéralisme, dans ce cas, se réduit souvent à un forum de dialogue sans levier concret pour résoudre les crises.
Ce que ça pourrait changer
L’affaiblissement du multilatéralisme pourrait accélérer la fragmentation du système international, où les États privilégieraient des alliances ad hoc au détriment des institutions universelles. À moyen terme, cela risque de réduire la capacité à gérer des crises globales (climat, santé, sécurité) et de renforcer les inégalités entre pays capables de se protéger seuls et ceux dépendants de la coopération. La montée des tensions sociales en Europe, liée aux crises énergétiques, pourrait aussi fragiliser davantage les démocraties, déjà sous pression face à la montée des populismes et des discours anti-institutionnels.

