“Un nouvel état de conscience avec l'ayahuasca” : le “sentiment océanique" par Mathilde Ramadier
L’expérience psychédélique de l’ayahuasca, souvent réduite à une quête d’expansion de conscience, révèle une dimension philosophique méconnue : le sentiment océanique, cette dissolution de l’ego qui interroge les frontières mêmes de la subjectivité. À travers le témoignage de la philosophe Mathilde Ramadier, l’article explore comment une substance issue de la tradition amazonienne peut devenir un laboratoire d’introspection, révélant des mécanismes psychiques où l’individu se fond dans une unité plus vaste, entre extase et angoisse existentielle.
Qu’est-ce qui, dans le contexte personnel de Mathilde Ramadier, a favorisé son expérience avec l’ayahuasca ?
Son voyage psychédélique s’inscrit dans une période de transition marquée par la fin d’un cycle psychanalytique, un deuil brutal (la perte de son père) et une volonté de rupture géographique après onze ans d’expatriation. Ces éléments ont créé un terrain propice à l’ouverture aux questionnements existentiels, que l’ayahuasca a permis d’aborder sous un angle nouveau.
Comment Mathilde Ramadier décrit-elle la dissolution de l’ego lors de son expérience avec l’ayahuasca ?
Elle évoque une sensation de se sentir à la fois pleine de tout le réel qui l’entoure et vide d’elle-même, un état où la conscience de l’individualité s’efface au profit d’un sentiment d’appartenance à une totalité indéfinie. Cette expérience résonne avec le sentiment océanique théorisé par Romain Rolland, où la séparation entre soi et le monde s’estompe.
En quoi l’ayahuasca se distingue-t-elle d’autres substances psychédéliques dans ses effets sur la conscience ?
Contrairement à d’autres psychédéliques, l’ayahuasca induit une empathie profonde, permettant de ressentir ce que vivent autrui ou même des éléments du réel (paysages, objets) comme si l’on en faisait partie intégrante. Cette dimension introjective dépasse la simple altération perceptive pour toucher à une forme de fusion avec l’extérieur.
Ce que ça pourrait changer
L’expérience de Mathilde Ramadier suggère que les substances psychédéliques pourraient offrir un outil inédit pour repenser la subjectivité, entre dissolution de l’ego et ouverture à une forme de transcendance immanente. Cependant, cette approche soulève des questions éthiques et philosophiques sur les limites de l’autonomie individuelle et les risques d’une quête de sens externalisée, notamment dans un contexte où ces pratiques se démocratisent sans cadre théorique ou thérapeutique stabilisé.

