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GÉOPOLITIQUE

Écofascisme

Source unique·il y a 22 j

La notion d’écofascisme, initialement forgée à gauche comme une mise en garde contre les dérives autoritaires de la gestion écologique, est aujourd’hui disputée entre ceux qui y voient un oxymore idéologique et ceux qui en font un outil d’analyse des recompositions de l’extrême droite. Entre héritages intellectuels, récupérations politiques et usages violents, ce terme cristallise les tensions autour de la légitimité même de l’écologisme, révélant comment les frontières entre conservation de la nature et repli identitaire s’estompent dans les discours contemporains.

Comment le concept d’écofascisme a-t-il évolué depuis son apparition dans les années 1970 jusqu’à son usage actuel ?

André Gorz, pionnier de l’écologie politique, utilisait le terme en 1973 pour dénoncer une gestion autoritaire de la crise écologique par le capitalisme, inspirée par des théories marxistes sur l’État en période de crise. Le concept a ensuite été récupéré par des acteurs d’extrême droite, comme Brenton Tarrant, qui l’a associé à sa violence meurtrière en 2019, avant de devenir un signifiant flottant dans le débat public, brouillant les frontières entre écologisme et fascisme.

Quels sont les principaux arguments des chercheurs qui contestent la pertinence du terme écofascisme ?

Plusieurs universitaires, dont Fabrice Flipo et Daniele Conversi, estiment que le terme réduit le fascisme à une simple forme d’autoritarisme, niant sa dimension idéologique spécifique. Ils soulignent que l’écologisme, par définition cosmopolite et non violent, ne peut être réduit à une vision localiste ou nationaliste, et que l’appellation écofascisme relève d’un confusionnisme idéologique qui vide le concept de son sens originel.

Quels éléments idéologiques communs partagent les mouvements d’extrême droite lorsqu’ils investissent le discours écologique ?

Ces mouvements mobilisent des thèmes conservateurs comme le rejet du progrès, une vision holiste et hiérarchisée de la société, et une nostalgie pour un ordre agraire traditionnel, souvent associé à la pureté culturelle et à la nation. Ils opposent une communauté locale enracinée à l’individualisme urbain, tout en intégrant des éléments anti-malthusiens, technophobes et autoritaires, comme en témoignent les travaux d’Edward Goldsmith ou les courants strasséristes du nazisme.

Ce que ça pourrait changer

La récupération du discours écologique par l’extrême droite pourrait affaiblir les mobilisations environnementales en associant écologie et repli identitaire, tout en normalisant des narratives autoritaires sous couvert de préservation. Cette hybridation interroge aussi la capacité des mouvements écologistes à se prémunir contre les détournements idéologiques, alors que les crises climatiques exacerbent les tensions sociales et territoriales.

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