La place des enfants placés
La protection de l’enfance, en tant que dispositif d’encadrement de la jeunesse, révèle les mécanismes contemporains de la domination adulte, notamment à travers le traitement différencié des mineurs non accompagnés (MNA) et des jeunes placé·es nationaux·ales. Cet article interroge comment l’État, en produisant des catégories juridiques et sociales, participe à la fois à l’adultification des premiers et à l’infantilisation des seconds, tout en masquant les rapports de pouvoir qui structurent ces pratiques.
En quoi la distinction entre MNA et jeunes placé·es nationaux·ales reflète-t-elle des logiques de domination liées à l’âge et à la nationalité ?
L’article montre que cette distinction, opérée par l’État, entraîne des traitements asymétriques : les MNA, souvent suspectés de mentir sur leur âge, subissent une adultification forcée par les doutes sur leur minorité et les exigences de régularisation, tandis que les jeunes placé·es nationaux·ales sont soumis·es à une évaluation permanente de leur conformité aux normes de jeunesse, menant à leur infantilisation. Ces mécanismes révèlent comment la protection de l’enfance s’articule aux enjeux de contrôle migratoire et de maintien de l’ordre social.
Quels sont les effets concrets de l’adultification des MNA et de l’infantilisation des jeunes placé·es sur leur parcours ?
Pour les MNA, l’adultification se traduit par une mise en doute systématique de leur minorité, conditionnant leur accès aux droits, et par une instrumentalisation de leur récit au service des impératifs administratifs de régularisation. Pour les jeunes placé·es nationaux·ales, l’infantilisation se manifeste par une surveillance constante de leurs pratiques et discours, limitant leur autonomie et renforçant leur dépendance aux institutions. Ces processus produisent des effets différenciés selon l’intersection des rapports sociaux (genre, race, classe, nationalité).
Pourquoi la protection de l’enfance est-elle un terrain privilégié pour analyser les reconfigurations de la domination adulte ?
Parce qu’elle repose sur une définition même de la minorité comme critère central d’intervention, la protection de l’enfance expose les tensions entre la reconnaissance formelle des droits des jeunes et les pratiques concrètes qui les privent d’autonomie. Les deux enquêtes citées dans l’article illustrent comment cette institution, en s’appuyant sur des catégories floues et des évaluations subjectives, participe à la fois à la marginalisation des MNA et à la normalisation des jeunes placé·es nationaux·ales.
Ce que ça pourrait changer
Cette analyse invite à repenser les politiques de protection de l’enfance non comme un simple accompagnement, mais comme un système de contrôle social qui reproduit des hiérarchies d’âge, de nationalité et de classe. Elle souligne la nécessité d’une réflexion critique sur les catégories juridiques et les pratiques professionnelles, pour éviter que les dispositifs d’aide ne deviennent des outils de domination déguisés en bienveillance. Enfin, elle pose la question de l’autonomie réelle des jeunes, qu’ils soient MNA ou placé·es, et des conditions pour que leur parole soit enfin prise au sérieux.

